"Tout s’est bien passé": Sophie Marceau retrouve un grand rôle au cinéma

Pour François Ozon, Sophie Marceau aide André Dussollier à en finir avec la vie dans un drame intense…

"Tout s’est bien passé": Sophie Marceau retrouve un grand rôle au cinéma

Victime d'un AVC, André Bernheim (André Dussollier), ancien industriel et grand collectionneur d'art, se retrouve paralysé. Après quelques jours à l'hôpital, il demande à sa fille Emmanuèle (Sophie Marceau), romancière, de "l'aider à en finir". La jeune femme est sous le choc et se confie à sa sœur (Géraldine Pailhas). D'abord réticente, Emmanuèle finit par se résoudre à contacter l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, qui la met en contact avec une association suisse présidée par une magistrate retraitée (Hanna Schygulla) qui pratique le suicide assisté…

Sujet de société

Après avoir évoqué ses émotions de jeunesse dans Été 85 l'année dernière, François Ozon est de retour avec un film moins personnel, dans la lignée de Grâce à Dieu, qui, en 2019, dénonçait la pédophilie dans l'Église et le silence du cardinal Barbarin. Moins fort que ce dernier, Tout s'est bien passé s'inspire aussi d'une histoire réelle. Adaptant le roman homonyme de son ancienne coscénariste Emmanuèle Bernhein (morte en 2017), qui y retraçait la façon dont elle avait aidé son père à mourir, Ozon évoque une question de société toujours d'actualité en France, où tant l'euthanasie que le suicide assisté sont toujours interdits. S'opposant à l'acharnement thérapeutique, la loi Leonetti sur la fin de vie n'y permet en effet que l'arrêt d'un traitement médical trop lourd et promeut les soins palliatifs.

Le sujet n'est pas neuf dans le cinéma français - on se souvient par exemple de Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon et Hélène Vincent en 2012. La fin de vie et le suicide hantaient d'ailleurs déjà Ozon dans Sous le sable en 2000, coécrit justement avec Emmanuèle Bernheim et déjà avec Charlotte Rampling (qui incarne ici la mère des deux sœurs, atteinte de Parkinson). Mais ce n'est pas tant la question de l'euthanasie - abordée de façon très terre à terre, en se calant dans les pas du récit de Bernheim - que les liens familiaux qui intéressent Ozon. Lequel parvient, dans ce drame intime, à imposer sa patte, glissant, ci ou là, quelques touches plus ironiques, voire humoristiques. Même si le recours au romanesque pour créer une sorte de suspense - renforcé par la découpe chronologique du film : 15 septembre, 27 décembre… - paraît par moments un peu artificiel, surtout dans la seconde partie du film.

Ce que filme d'abord Ozon dans Tout s'est bien passé, c'est un père et une fille, qui n'ont plus que quelques mois pour tenter de renouer des liens distendus… Et à l'écran, la rencontre entre Sophie Marceau et André Dussollier est lumineuse. Très sensible, l'actrice trouve ici son premier grand rôle depuis longtemps. Toujours aussi naturelle, spontanée, énergique, elle retient l'émotion et manie le sourire pour exprimer, plus profondément, plus subtilement, le déchirement de son personnage. Dans le rôle de ce vieillard dépossédé de ses capacités physiques, André Dussollier est très juste. Pas seulement par cette paralysie faciale qui transforme son visage, mais aussi par sa capacité à se glisser dans la peau d'un vieil homme, intelligent, plein d'esprit, plein de vie mais déterminé à choisir lui-même le moment d'éteindre la lumière…Hubert Heyrendt

Tout s'est bien passé Drame Scénario & réalisation François Ozon (d'après le roman d'Emmanuèle Bernheim) Photographie Hichame Alaouié Avec Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas, Charlotte Rampling, Hanna Schygulla… Durée 1h55.

"Tout s’est bien passé": Sophie Marceau retrouve un grand rôle au cinéma
©D.R.