"Cette musique ne joue pour personne": un croisement improbable entre le cinéma de Tarantino et de Tati

Une comédie absurde avec François Damiens, Bouli Lanners et Joeystarr.

On ne sait de quelle musique il s’agit. Et, effectivement, on ne sait pas pour qui elle joue. L’intrigue de la nouvelle comédie de Samuel Benchétrit est tenue, voire inexistante, collage volontairement absurde des mésaventures d’un groupe de gros bras, emmenés par Jeff (François Damiens), parrain à la petite semaine des trafics d’une zone portuaire où son gagne-pain est menacé par des jeunes aux dents longues.

Poésie et règlement de comptes

On découvre Jeff dans un club de poésie. C’est que Jeff voudrait déclarer sa flamme à la jeune et jolie caissière du supermarché du coin (Constance Rousseau). Comme il est plus timide pour conter fleurette que pour coller des baffes, Jeff envoie son frère adoptif Neptune (Ramzy Bedia), plus posé, remettre ses alexandrins à la demoiselle.

En parallèle, on suit deux des hommes de Jeff chargés de convier les condisciples de sa fille (Raphaëlle Doyle) de venir à la fête de celle-ci. Vu qu’elle n’est guère populaire, Poussin (Bouli Lanners) doit recourir à la méthode forte pour les motiver et Jésus (Joeystarr) passe son temps à calmer son compère, pourtant adepte de la voie du samouraï (qu’il cherche encore).

Jacky (Gustave Kervern), collecteur des dettes de Jeff, tombe sur un os quand il apprend que le débiteur est déjà mort et que sa veuve Suzanne (Vanessa Paradis, délicieusement perchée) a déjà investi tous les fonds dans une pièce de théâtre amateur sur Simone (de Beauvoir) et Jean-Paul (Sartre). Ému par la veuve, Jacky se prête au jeu de scène. Pendant ce temps, la femme de Jeff (Valeria Bruni Tedeschi, émouvante) se demande s’il l’aime toujours.

Un film de comédiens

Pas de grand propos ici, juste une succession de scènes sur une intrigue un peu lâche. Benchétrit se repose sur ses comédiens.

L’alchimie prend, au cas par cas, entre le réalisateur et sa troupe à laquelle il a manifestement lâché la bride à plusieurs reprises. Le duo Lanners-Joeystarr fonctionne bien. Kervern est parfait en amoureux transi un peu gauche et Damiens touchant en prétendant éconduit.

Quelques guest stars - Bruno Podalydès en metteur en scène du dimanche, Vincent Macaigne en héros ordinaire d’un conte philosophique - agrémentent le tout.

On ne cherchera pas dans ce croisement improbable entre le cinéma de Tarantino (pour les gros bras pieds nickelés bavards sortis d'une bande dessinée) et Tati (pour l'absurde poétique) autre chose qu'un divertissement excentrique. Le résultat est parfois inégal mais n'est pas dénué de quelques éclairs de poésie ou de moments de grâce.

Cette musique ne joue pour personne Comédie à l'italienne De Samuel Benchétrit Scénario Samuel Benchétrit et Gábor Rassov Avec François Damiens, Bouli Lanners, Ramzy Bedia, Vanessa Paradis, Valeria Bruni Tedeschi,… Durée 1h47.

"Cette musique ne joue pour personne": un croisement improbable entre le cinéma de Tarantino et de Tati
©D.R.