Notre critique de “Mourir peut attendre”, le dernier James Bond avec Daniel Craig

Notre critique de “Mourir peut attendre”, le dernier James Bond avec Daniel Craig
©Sony/MGM/EON

Vingt-cinquième James Bond officiel, dernier avec Daniel Craig dans le rôle de l'agent secret, Mourir peut attendre a mérité son titre. Reporté à plusieurs reprises pour cause de pandémie, le film a fait attendre la presse belge jusqu'au bout.

Nous l'avons découvert mardi soir, en même temps que se tenait la première officielle à Londres. Avec interdiction de publier notre critique avant une heure du matin, heure belge, histoire de ne rien spoiler au cas où il viendrait à l'idée de Sa Majesté de surfer sur lalibre.be durant la projection de gala londonienne…

Précisons encore qu'il nous a aussi été demandé d'en révéler le moins possible afin de réserver aux spectateurs les rebondissements d'un film qui n'en manque pas.

Démons et nouvelle 007

À la fin de l'opus précédent, Spectre (2015) Bond a mis fin aux agissements de son frère d'adoption maléfiqu, Blofeld (Christoph Waltz). L'espion a rendu son matricule et s'en est allé avec Madeleine (Léa Seydoux). Fausse sortie comme celle alors planifiée de Daniel Craig.

Comme il ne faut jamais dire plus jamais quand on joue Bond, l’acteur rempile. On retrouve donc un Bond retraité au seuil de couler des jours heureux avec Madeleine. Mais chacun a ses démons. Le temps d’un flash-back, on en apprend un peu plus sur ceux, douloureux, de la jeune femme. Bond, lui, veut s’en va sur la tombe de Vesper Lynd tourner la page.

Mal lui en prend : ses ennemis se rappellent à son bon souvenir. Voilà Bond à nouveau contraint d’user de tous les gadgets de son Aston Martin pour survivre. Mourir attendra encore un peu. L’amour aussi. Générique (avec Billie Eilish).

Cinq ans plus tard, des mercenaires investissent un labo secret du MI6 et mettent la main sur une arme bactériologique et enlèvent un savant russe dissident. L’agent de la CIA Felix Leiter persuade Bond de sortir de sa retraite, au grand dam du nouveau matricule 007, Nomi (Lashana Lynch, convaincante au point qu’on regrette de ne pas la voir plus).

Touche féminine

La tendance n’est pas neuve dans la saga, mais les dames ne font définitivement plus tapisserie.

Pour son cinquième Bond et ses adieux, Daniel Craig, qui coproduit, a obtenu qu'on adjoigne au tandem de scénaristes vétérans Robert Wade et Neal Purvis (sept Bond au compteur) la touche féminine et décalée de Phoebe Waller-Bridge, créatrice et interprète de la série à succès Fleabag. Sa patte se fait notamment sentir dans la courte mais virevoltante intervention de Paloma (Ana de Armas) pour une fiesta cubaine en robe de soirée.

Le Bond craigien achève la mue entamée avec Casino Royale. Ce sont moins les affaires du monde qui l'agitent que des affaires de famille. 007 est un agent maudit, condamné à perdre toutes les personnes qu'il a aimé.

Bond retrouve son frangin démoniaque, Blofeld, le temps d’une confrontation verbale (où Christoph Waltz la joue en mode mineur, à bon escient). Mais le nouveau méchant au nom prédestiné de Lyutsifer Safin (parfaitement calibré par Rami Malek) a aussi de vieux comptes à régler. Il soulignera à Bond à quel point ils sont des doubles l’un de l’autre.

Equilibre et dosage

À la réalisation, l'Américain Cary Joji Fukunaga (scénariste de l'adaptation de Ça de Stephen King et réalisateur de la première saison de la série True Detective) retrouve l'équilibre entre action brute et grand spectacle bondien.

Le film contient son lot de gadget high tech, de cascades, mais Craig peut gravir aussi un escalier, en mode FPS, pour affronter une armée de mercenaires avec tout ce qui lui tombe sous la main. Les scènes d'action gagnent en âpreté ce qu'elles perdent en lisibilité (voir la séquence norvégienne avec un Bond en free style).

Si les scènes intimistes avec un Bond transi d’amour relèvent plus de la haute voltige, elles ne sonnent pas faux pour autant. Le vieux séducteur met d’ailleurs la pédale douce avec le beau sexe, se faisant plus badin que coquin.

Mourir peut attendre allie un savant dosage d'air du temps (le plan démoniaque de Lyutsifer vise à injecter des nanobots dans le sang de millions d'individus pour les rendre porteur d'un virus létal) et de nostalgie (le film reprend au premier James Bond contre Dr No de 1962 des éléments graphiques du générique et du repère du méchant).

Les bondophiles savoureront la référence dans un dialogue à We Have All the Time in the World de Louis Armstrong, chanson de fin d'Au Service Secret de Sa Majesté (film à la fois culte et maudit de la saga) dont les notes viennent ensuite ponctuer la sortie de scène de Daniel Craig.

Ce Mourir peut attendre s'inscrira à n'en pas douter dans la légende cinématographique de 007.

Notre critique de “Mourir peut attendre”, le dernier James Bond avec Daniel Craig
©LLB

No Time To Die – Mourir peut attendre. Réalisation : Cary Joji Fukunaga. Scénario : Cary Joji Fukunaga, Neal Purvis, Robert Wade, Phoebe Waller-Bridge. Avec Daniel Craig, Lashana Lynch, Rami Malek, Léa Seydoux, Christoph Waltz, Naomie Harris,… 2h43