"Les Intranquilles": Joachim Lafosse livre un film très personnel sur les troubles bipolaires, porté par deux grands acteurs

Damien (Damien Bonnard) déborde d'énergie dans la maison de vacances au bord de la Méditerranée où ce peintre passe quelques jours de vacances avec sa femme Leïla (Leïla Bekhti) et leur jeune fils Amine. Demain, son galeriste débarque. Du coup, il répare les Solex en pleine nuit, prépare un gueuleton, va nager dans la piscine… Leïla la supplie : "Va te reposer…" Le lendemain, il fait un détour au service psychiatrique de l'hôpital local…

De retour dans leur nouvelle maison, où Damien a installé son atelier de peintre et Leïla son atelier de restauratrice de meubles anciens, le comportement de l’homme, pris d’une folie créatrice en vue de sa prochaine expo, est de plus en plus erratique. Ni sa femme ni son fils ne sont capables de le calmer ou de lui faire prendre son traitement.

Thriller psychologique

Pour son neuvième long métrage, Joachim Lafosse aborde, une fois encore, une histoire très personnelle, une histoire de famille dysfonctionnelle, comme c'était déjà le cas dès son premier long métrage en 2004, Folie privée. Sélectionné en Compétition à Cannes, Les Intranquilles est peut-être plus personnel encore. Le cinéaste bruxellois le présente en effet comme "autobiographique". Sans que l'on sache réellement la part qui se rapporte à ses parents et celle qui le concerne… Sans doute un peu des deux.

Au-delà de cette exploration, forcément douloureuse, des conséquences des troubles bipolaires sur un couple et leur enfant, Lafosse s’intéresse en effet à la figure d’un artiste qui ne peut créer que dans la pression, le conflit. L’auteur projette forcément une partie de lui dans ce personnage, pour interroger le rapport à la création. Dans un dialogue entre Damien et Amine, le père lit son horoscope à son fils, où on lui recommande de ne pas avoir peur du ridicule, de ne pas avoir honte. Car c’est la peur du ridicule qui étouffe la créativité. Un mantra que pourrait reprendre à son compte le cinéaste bruxellois, qui n’a jamais eu peur ou honte de laisser exploser à l’écran les émotions les plus sombres et ses traumatismes personnels.

Un duo d’acteurs épatant

Pour incarner cet homme malade de trop aimer la vie jusqu'à ce qu'elle le détruise, Lafosse a fait appel à Damien Bonnard, à nouveau impressionnant d'engagement dans ce rôle explosif. L'acteur (révélé dans Les Misérables de Ladj Ly) est presque effrayant de vérité, tant dans les passages maniaques (notamment dans les très belles séquences où on le voit peindre frénétiquement) que les phases dépressives.

Face à lui, Leïla Bekhti est désarmante d'impuissance face à un homme qu'elle aime mais avec lequel il est impossible de vivre. Car ce sont bien elle et lui qui sont Intranquilles. Lui parce qu'il est incapable de se reposer, à moins d'être gavé de médicaments. Elle parce qu'elle vit dans l'angoisse permanente d'une nouvelle crise maniaque. Un sentiment de tension permanente qui se transmet au spectateur dans un drame puissant, qui prend des formes de thriller psychologique d'une rare intensité. Grâce au talent des comédiens, mais aussi de la mise en scène, sobre, épurée, qui traque la vie, de Joachim Lafosse.

Les Intranquilles Drame De Joachim Lafosse Scénario J.Lafosse, J. Goudot, A.-L. Morin, Fr. Pirot, Ch. Léonil, L. du Pontavice & P. Guarise Photographie Jean-François Hensgens Montage Marie-Hélène Dozo Avec Leïla Bekthi, Damien Bonnard, Patrick Descamps… Durée 1h55.

"Les Intranquilles": Joachim Lafosse livre un film très personnel sur les troubles bipolaires, porté par deux grands acteurs
©D.R.