"Eiffel": on peut reprocher au film de presque laisser la construction de l’édifice emblématique au second plan de son récit

La version avec rubans et feux d’artifice de la création de l’emblème parisien.

L’inauguration de la statue de la Liberté a propulsé Gustave Eiffel sur le devant de la scène internationale. Le nom de l’ingénieur français est sur toutes les lèvres : la presse vante son génie et sa maîtrise unique de l’acier et du fer dans des ouvrages audacieux.

Eiffel (Romain Duris) rêve à présent de modernité et voudrait s’attaquer au chantier du métropolitain parisien. Mais la ville de Paris n’a d’yeux que pour la future Exposition universelle de 1889 et souhaite ériger un monument qui fasse date et affirme sa grandeur. Peu enclin à entrer en compétition avec d’autres architectes, Eiffel change toutefois d’avis lorsqu’il recroise, par hasard, Adrienne de Bourgès (Emma Mackey), son amour de jeunesse, très intéressée par ce projet de monument symbolique.

S'appuyant sur l'existence avérée de cette romance entre Gustave Eiffel et la jeune femme, Martin Bourboulon (Papa ou Maman) impose son parti pris glamour et romantique dans cette fiction romancée aux accents parfois grandiloquents. Plus que de réécrire l'Histoire, on pourra reprocher au film de presque laisser la construction de l'édifice emblématique au second plan de son récit. Le résultat, porté par une reconstruction soignée et quelques très beaux plans de la ville en quête de lumière, plaira aux fans de romance en costumes mais on regrettera tout de même que le long métrage laisse dans l'ombre tant de personnages secondaires au potentiel inexploité. À commencer par Pierre Deladonchamps, dans le rôle du mari jaloux, ou les nombreux ouvriers impliqués dans ce chantier pharaonique.

Une autre histoire de la tour Eiffel

Il faut dire que l’histoire de la construction de la Tour Eiffel était déjà au cœur du film de Simon Brook, racontant à travers trois générations d’ouvriers, la grande épopée du chantier. Un récit retracé, en 2005, sur fond de mutations économiques et sociales du début du XXe siècle, avec Jacques Frantz dans le rôle-titre.

Dans la version de 2021, l'actrice franco-britannique Emma Mackey (révélée au grand public par la série Sex Education sur Netflix et attendue prochainement dans la peau de l'auteure Emilie Brontë) donne vie à une Adrienne tourbillonnante et pleine de vie, faisant fi des interdits et des restrictions de son époque et de son milieu.

Quant à Romain Duris, il campe sans difficultés l'ambition démesurée et l'orgueil blessé de l'amoureux éconduit. Costumes et décors offrent un écrin parfait à ce qui apparaît, au final, plus comme un fantasme, une "belle histoire d'amour contrarié" qu'une reconstitution historiquement fondée…

Eiffel Histoire romancée De Martin Bourboulon Scénario Caroline Bongrand Avec Romain Duris, Emma Mackey Durée 1h48.

"Eiffel": on peut reprocher au film de presque laisser la construction de l’édifice emblématique au second plan de son récit
©D.R.