Pourquoi une grève massive menace Hollywood

Si aucun accord n’est conclu, 60.000 techniciens débraieront à partir du lundi 18 octobre. Ils se plaignent de journées de travail de seize heures depuis la reprise du travail après le confinement.

Pourquoi une grève massive menace Hollywood
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Alain Lorfèvre

Hollywood est au seuil de la grève la plus importante de son histoire. L'International Alliance of Theatrical and Stage Employees (IATSE), l’un des syndicats les plus puissants de l’industrie américaine du cinéma, menace d'interrompre de nombreuses productions de films et de séries dans tout le pays à partir du lundi 18 octobre si aucun accord n’est trouvé d'ici là. Ce serait la première grève nationale depuis la création de l’IATSE il y a 128 ans.

Exploités à mort

Les quelque 60 000 membres du syndicat se plaignent d'être "exploités à mort" et de se voir refuser les temps de repos et les pauses repas garantis depuis que l'industrie de la télévision et du cinéma a redémarré après la pandémie de Covid-19.

Ce syndicat qui représente les équipes de tournage, les coiffeurs, les accessoiristes et autres personnels de production fait pression pour obtenir une réduction des heures de travail et une rémunération équitable pour les personnes travaillant sur des projets de streaming.

Selon le syndicat les plages horaires de ses membres peuvent atteindre de pics de seize heures par jour, depuis la reprise des tournages après le confinement.

Le 4 octobre, une écrasante majorité de 98% des 60 000 membres de l’IATSE a voté en faveur d'un arrêt de travail.

Croissance du streaming

Aux sources de cette grève, il y a un accord conclu en 2009, entre l'IATSE et l'Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTP), l’association de studios, de chaînes de télévision et de services de streaming. Le streaming et les nouveaux médias en étaient à leurs balbutiements et l'AMPTP avait argué de la nécessité de faire preuve de souplesse pour développer ce nouveau marché à l'économie "incertaine".

Mais, depuis, le streaming est devenu un marché porteur qui a enregistré une hausse des abonnements de 32% l’an dernier tandis que le marché du divertissement a connu une croissance de ses revenus de trente milliards de dollars.

L'IATSE est en pourparlers depuis plusieurs semaines avec l’association de studios, de chaînes de télévision et de services de streaming, au sujet d'un nouveau contrat pour les productions cinématographiques et télévisuelles.

Mais en baissant les cadences, les compagnies de production, avec les retards pris durant la pandémie, redoutent un ralentissement du rythme de production, alors que la demande en contenus augmente.

Augmentation des coûts de production

Au cours de l'année écoulée, les coûts de production ont augmenté de 20%, à cause des frais engendrés par les mesures sanitaires imposées par la pandémie. Les plateformes de streaming et les maisons de production préfèrent investir leurs millions dans des accords juteux avec des acteurs ou réalisateurs de renom - comme le deal entre Netflix et Omar Sy.

Si l'ITASE et l'AMPTP ne parviennent pas à s'entendre, les travailleurs débrayeront ce lundi 18 octobre à partir de minuit. Il s'agira de la grève la plus importante du secteur privé aux États-Unis depuis celle des 74 000 employés de Général Motors en 2007 et la plus importante à Hollywood depuis la Seconde Guerre mondiale.

La dernière grève importante à Hollywood remonte à 2007 (notre photo), quand la Writers Guild of America, l'association des scénaristes, avait fait grève afin d'obtenir une rémunération sur les bénéfices engendrés par la diffusion des films et séries les nouveaux supports numériques. La grève avait duré cent jours et coûté quelque deux milliards de dollars de manque à gagner à l'économie californienne.

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