Happy End à Hollywood : la grève du siècle n'aura pas lieu

Producteurs et syndicat des employés des industries du divertissement se sont entendus in extremis pour accorder à ces derniers de meilleures conditions de travail.

Happy End à Hollywood : la grève du siècle n'aura pas lieu
©AFP
Alain Lorfèvre

Ce week-end, Hollywood est passé en quelques heures d'On achève bien les chevaux à La Mélodie du bonheur.

Vendredi soir, à 22h, heure de Los Angeles (7h du matin, samedi, en Belgique), les négociations entre le syndic l’International Alliance of Theatrical and Stage Employees (IATSE, syndicat des employés des industries du divertissement), l’un des syndicats les plus puissants de l’industrie américaine du cinéma l’Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTS, association des producteurs de cinéma et de télévision), étaient encore dans l’impasse. Mais un accord a finalement été atteint samedi après-midi à Los Angeles (vers 2 heures du matin, en Belgique).

"Exploités à mort"

Le syndicat IATSE représente les équipes de tournage, les coiffeurs, les accessoiristes et autres personnels de production. Les quelque 60 000 membres du syndicat se plaignaient d’être "exploités à mort" et de se voir refuser les temps de repos et les pauses repas. Selon le syndicat, les plages horaires de ses membres atteignent des pics de seize heures par jour, depuis la reprise des tournages après le confinement.

Un préavis de grève avait été voté début du mois par une immense majorité des 60 000 membres de l'IATSE. Sans accord, une grève nationale aurait débuté lundi matin, paralysant presque tous les tournages de films et de séries aux États-Unis. Cette grève aurait été la plus importante à Hollywood depuis la Seconde Guerre mondiale et la plus massive de l'histoire de l'industrie américaine du cinéma.

L’IATSE était en position de force : la demande en nouveaux contenus des télévisions et des plateformes de streaming est immense. Un observateur notait samedi que le coût de la grève pour les studios et les diffuseurs serait bien plus élevé que celui des concessions réclamées par le syndicat.

La pression du streaming

L’augmentation de la demande de contenus pour soutenir la croissance des plateformes de streaming a mis l’industrie, les techniciens et les employés non qualifiés sous pression croissante, surtout depuis la reprise des tournages après le confinement. Les producteurs ont mis les bouchées doubles pour combler les retards et offrir de nouvelles séries aux opérateurs de plus en plus nombreux (Netflix, Amazon, Disney + ou HBO Max).

Les salaires et conditions de travail pour les productions de streaming dépendaient encore d’une convention négociée en 2009, quand le streaming était balbutiant, ses volumes de production modeste et son économie fragile. Mais, depuis, le streaming est devenu un marché porteur qui a enregistré une hausse des abonnements de 32 % l’an dernier tandis que l’industrie du divertissement a connu une croissance de ses revenus de trente milliards de dollars, sans retombée pour ceux qui œuvrent dans l’ombre.

De nombreux témoignages circulaient sur les réseaux sociaux, notamment sur le compte Instagram IA_stories, dépeignant des conditions de travail harassantes voire dangereuses, tant certains travailleurs atteignent parfois les limites de l'épuisement physique.

Les points de l’accord

L'accord conclut ce week-end rencontre la majeure partie des revendications de l'IATSE. Elles représenteraient même "les plus grandes avancées de l'histoire de nos négociations", selon son président Matthew D. Loeb.

Les travailleurs ont obtenu des périodes de travail limitées à dix heures, des week-ends d’au moins 54 heures (une dérive fréquente, dénoncée dans l’industrie, étaient les "Fraturdays", des prestations du vendredi s’étendant jusqu’au samedi matin voire au-delà), une augmentation des salaires (notamment pour le travail sur les films et séries de streaming) et des heures comptabilisées pour la pension. Des plans de pension et des couvertures médicales plus avantageux ont également été obtenus.

L'accord doit encore être ratifié par les membres de l'IATSE. Mais le syndicat a d'ores et déjà appelé à la reprise du travail dès lundi sur le mode du business as usual. Pour son président Matthew D. Loeb, ce feuilleton de quelque trois semaines de négociations tendues "se termine comme un film hollywoodien". Comprenez : c'est un happy end.

Un professionnel rappelait samedi que chaque grande crise syndicale d’Hollywood est survenue lors de basculement technologique. La dernière mobilisation importante à Hollywood remonte à 2007, quand la Writers Guild of America, l’association des scénaristes, avait fait grève pendant cent jours afin d’obtenir une rémunération sur les bénéfices engendrés par la diffusion des films et séries sur les nouveaux supports numériques.