8 rue de l’Humanité, la (trop) sage comédie de Dany Boon sur la pandémie

Avec 8 rue de l’Humanité (Stuck Together), Dany Boon (Bienvenue chez les Ch’tis) met sur orbite sa première comédie pour Netflix, imaginée en plein confinement et tournée en grande partie en Belgique.

Le film s'ouvre sur des images souvent vues : Paris vidée d'une partie de ses habitants et discours du président en bande-son : "Nous sommes en guerre". Au fil des scènes, on découvre le microcosme d'un immeuble parisien classique, avec cour intérieure et concierge dans sa loge, où chacun tente de résister vaillamment à la litanie de mauvaises nouvelles.

Le plus inquiet est certainement Martin (Dany Boon) hypocondriaque chronique et père de famille angoissé qui travaille pour la revue Sciences et Recherche. Sa femme, Claire (Laurence Arné), avocate pénaliste, tente d'empêcher leur fille Luna d'être contaminée par l'angoisse paternelle permanente.
D'autant qu'une première habitante est signalée malade : Paola, la concierge de l'immeuble, que son mari Diego (Jorge Calvo), mécanicien en disponibilité, tente de remplacer au pied levé.

En tête des voisins pénibles s’inscrit Tony Boghassian, père dépassé de Basile et Victoire. François Damiens est parfait dans ce rôle de beauf olympique. Propriétaire vantard et vendeur de cigarettes électroniques, il est à la fois râleur, sexiste, raciste et complotiste sur les bords. Un cocktail détonant qui fait que sa femme ne veut plus partager sa vie.

Dans cet immeuble, on croise aussi Agathe (Alison Wheeler), chanteuse passée par The Voice en 2016, enceinte de son premier enfant, qui se montre très inspirée par la pandémie. Avec son compagnon Samuel (Tom Leeb), coach sportif plutôt beau gosse, ils sont tous les deux accros aux "lives" et en quête de nouveaux followers. Ils souffrent pourtant moins du confinement que Louise (Liliane Rovère), déprimée et nostalgique depuis qu'elle a été obligée de fermer son "bar de l'Humanité".

Enfin, le plus agité de tous est certainement le professeur Jean-Paul Gabriel, ancien de l’institut Pasteur, en quête du vaccin contre le Covid. Un rôle de scientifique fou dans lequel Yvan Attal laisse exploser son potentiel comique.

Des personnages attachants, un scénario trop convenu

Sans trop de surprise, le film propose un condensé de tout ce qui s'est vécu dans nombre de grandes villes occidentales, entre peur et ras-le-bol du confinement. On y retrouve les joyeuses caricatures de l'angoisse rampante et ce nouveau vocabulaire de crise entre "distanciation sociale, cours en distanciel et chômage partiel", sans oublier la pénurie de masques, la ruée sur les gants et les visières, les applaudissements aux balcons. Et tous les côtés moins reluisants : pillage des magasins, fraude aux attestations et délation de ses voisins...

Si cette petite comédie familiale tient grâce à ses personnages attachants (on y croise aussi Elie Semoun et Nawell Madani) et à certaines scènes bien croquées d’un quotidien confiné - charriant crises de nerfs, couples en difficultés et prises de conscience existentielles - pour être totalement convaincant, le film aurait dû miser sur davantage de rythme, de surprises et de mordant et sur une mise en scène moins convenue. Malgré la poésie de certaines scènes, il oublie un principe de base : les blagues les plus courtes sont souvent les meilleures. Et la satire a ses vertus si elle est exigeante...

Durée: 2h05