"Annette": Leos Carax signe quelques séquences fulgurantes et ose ainsi le cunnilingus ou l’accouchement chantants

Adam Driver et Marion Cotillard plongent dans l’univers musical de Sparks. Grandiose !

En juillet dernier, neuf ans après avoir épaté la Croisette avec Holy Motors (à revoir en ce moment sur la plateforme MUBI), Leos Carax y faisait son grand retour avec Annette, dévoilé en ouverture du 74e Festival de Cannes et qui décrochera, in fine, le prix de la mise en scène.

Époustouflant et insaisissable, le film met en scène Henry McHenry (Adam Driver), une star du stand-up. Surnommé "le Gorille de Dieu", ce roi de la provoc’ cartonne à l’Orpheum Theatre de Los Angeles. Sur scène, ce cynique moque son métier et le besoin de son public de venir rire pour oublier sa vie triste et vide. Il officialise également sa relation avec Ann Desfranoux (Marion Cotillard), une soprano au sommet de sa gloire, qui triomphe tous les soirs sur les planches de l’Opéra de Los Angeles. De quoi faire de ce couple a priori mal assorti l’un des plus glamour du moment ! Alors que son Don Juan de mari s’essaye à la vie de famille, la chanteuse lyrique voit son ventre s’arrondir. La naissance de la petite Annette va changer à jamais le cours de leur existence…

Exposition visuelle

Après un appel au spectateur à retenir sa respiration durant tout le spectacle à venir, Annette s'ouvre sur un génial plan-séquence réunissant Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg, ainsi que Leos Carax et les frères Mael, fondateurs du groupe Sparks en 1968, qui signent non seulement la musique du film mais aussi le scénario ou plutôt le livret de ce véritable opéra rock… Durant cette séquence où, comme au début de Holy Motors, le cinéaste casse le quatrième mur et revendique son goût pour l'artificialité, on quitte un studio d'enregistrement pour suivre les personnages, chantant dans les rues de Los Angeles. On quitte le réel pour sauter à pieds joints dans la fiction dans un effet saisissant, qui nous plonge dans un véritable tourbillon artistique.

Leos Carax n'a jamais eu peur du ridicule ou d'en faire trop. Comme Holy Motors, Annette est un film bigger than screen, qui convoque aussi bien le cinéma que l'opéra, la peinture ou les marionnettes. Confrontant sans cesse les univers musicaux du rock et du classique, cette comédie musicale vibrante est une ode au 7e Art. Véritable poète visuel, le Français signe quelques séquences fulgurantes et quelques numéros d'anthologie. Il ose ainsi le cunnilingus ou l'accouchement chantants !

Une alchimie parfaite

Entre Adam Driver (également producteur) et Marion Cotillard, l'alchimie est parfaite. Et toute l'introduction de leurs personnages est un pur régal. Un peu trop long, Annette perd malheureusement en intensité à mesure que se met en place l'intrigue imaginée par les Sparks autour de cette fillette, campée par une marionnette de bois. L'effet est à la fois poétique et inquiétant, transformant le film en un conte macabre sur la difficulté de la vie de couple, mais aussi sur la tendance des parents à imposer à leur enfant leurs propres aspirations. Un thème cher à Carax, qui dédie d'ailleurs son film à sa fille Nastya, que l'on aperçoit à ses côtés dans les séquences d'introduction et de clôture.

Au-delà de sa longueur, de quelques faiblesses scénaristiques et de sa bizarrerie volontaire, Annette n'en reste pas moins un grand film bourré d'inventivité. Un film explosif, expérimental, avec trop de cinéma, trop de musique, trop d'effets visuels, mais qui emporte néanmoins le spectateur dans un voyage musical singulier et fascinant. Un film à l'image de son auteur, totalement libre.

Annette Comédie musicale De Leos Carax Scénario&chansons Ron&Russell Mael Photographie Caroline Champetier Musique Sparks Avec Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg, Angèle… Durée 2h19.

"Annette": Leos Carax signe quelques séquences fulgurantes et ose ainsi le cunnilingus ou l’accouchement chantants
©D.R.