"Billie Holiday, une affaire d’État": le sujet est passionnant, mais le cinéaste veut peut-être trop en faire

La chanteuse Andra Day fait des débuts éblouissants à l’écran dans un biopic, très politique, de la diva du jazz Billie Holiday.

En 1955, Billie Holiday (Andra Day) accorde une interview à un vieux journaliste homosexuel de New York (seul personnage de fiction du film). Celui-ci interroge notamment la chanteuse sur ses problèmes avec le gouvernement américain et plus particulièrement le FBI, qui a tout fait pour faire tomber la star. Ou plutôt la faire taire, en l'empêchant de chanter sur scène Strange Fruit, chanson écrite par le poète communiste juif Abel Meeropol en 1937 et enregistrée par la diva deux ans plus tard au Café Society, célèbre cabaret new-yorkais où elle se produisait. Un réquisitoire bouleversant contre le lynchage des Afro-Américains. Une pratique de justice expéditive raciste qui ne fut reconnue comme crime fédéral qu'en… février 2020.

Déterminé à museler Holiday, Harry J. Anslinger (Garrett Hedlund) demande à un agent noir du FBI, Jimmy Fletcher (Trevante Rhodes), d’infiltrer son entourage à Harlem et de la coincer pour usage de drogue, dont la chanteuse était gravement dépendante…

Une actrice épatante

Sorti sur la plateforme de streaming Hulu aux États-Unis en février dernier, The United States vs. Billie Holiday a d'emblée valu un Golden Globe et une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice pour Andra Day, qui fait ici ses débuts à l'écran. Et la chanteuse est tout simplement époustouflante dans le rôle de Billie Holiday, dont elle interprète également les chansons, dont l'iconique Strange Fruit, classée "chanson du siècle" par le magazine Time en 1999, quarante ans après la mort d'Holiday à 44 ans.

Illuminé par son interprète, ce second biopic de Billie Holiday (après Lady Sings the Blues avec Diana Ross en 1972) adopte un point de vue très intéressant. Muet au cinéma depuis Le Majordome avec Forest Whitaker en 2013 - il a ensuite créé les séries musicales Empire et Star (disponibles sur Disney +) -, Lee Daniels adapte ici un passage de l'ouvrage du Britannique Johann Hari Chasing the Scream : The First and Last Days of the War on Drug, consacré à la guerre contre la drogue. Cet angle inédit offre un éclairage très politique de la vie et de la carrière de Billie Holiday, en s'intéressant à cet incroyable acharnement du FBI à l'encontre de l'interprète afro-américaine.

Le sujet est passionnant, mais Lee Daniels veut peut-être trop en faire. Il accouche en effet d'un film qui tire en longueur et qui a parfois tendance à partir dans tous les sens. Stylistiquement, avec un jeu constant sur les textures de l'image (jusqu'à reconstituer de fausses archives de façon inutile), mais aussi thématiquement. Coulisses de la vie d'une star (sans doute la partie la plus réussie), romances multiples (avec des hommes comme des femmes), ravages de la drogue, pressions politiques, omniprésence du racisme… Le cinéaste veut traiter tous les sujets, au risque de ne faire que les effleurer…

The United States vs. Billie Holiday / Billie Holiday, une affaire d'État Biopic De Lee Daniels Scénario Suzan-Lori Parks Photographie Andrew Dunn Musique Christopher Gunning Avec Andra Day, Trevante Rhodes, Tyler James Williams, Natasha Lyonne… Durée 2h10.

"Billie Holiday, une affaire d’État": le sujet est passionnant, mais le cinéaste veut peut-être trop en faire
©D.R.