"La Civil": un film très dur sur le torrent de violence qui s’abat sur le Mexique

Au cœur de la violence qui ravage le Mexique, dans un premier film signé Teodora Ana Mihai, cinéaste belgo-roumaine basée à Gand.

"La Civil": un film très dur sur le torrent de violence qui s’abat sur le Mexique

Mexique, dans une petite ville ordinaire. Aujourd'hui, Laura se fait belle pour rejoindre son petit ami Lisandro. Souriante, joyeuse, elle met même un peu de rouge aux lèvres de sa mère Cielo (Arcelia Ramírez) avant de partir : "Adios !", lance-t-elle gaiement. Quelques heures plus tard, la jeune fille n'est pas revenue. Morte d'inquiétude, Cielo est contactée par un gamin, qui lui demande de la rejoindre dans un petit restaurant, sans quoi elle ne reverra jamais sa fille. Celui-ci exige d'elle et de son ex-mari une rançon. Mais Laura ne réapparaît toujours pas. Désespérée, Cielo contacte la police. En vain. Seul un commandant de l'armée accepte de l'aider, officieusement, en échange des informations qu'elle peut lui fournir en tant qu'informatrice locale…

L’engrenage de la violence

Jeune cinéaste d'origine roumaine basée à Gand, connue jusqu'ici uniquement pour le documentaire Waiting for August en 2014, Teodora Ana Mihai présentait son premier long métrage La Civil à Un Certain Regard à Cannes en juillet dernier. Inspiré du parcours de la militante mexicaine des droits humains Miriam Rodriguez , le film est basé sur le patient travail de recherche sur les cartels de la cinéaste et de l'écrivain mexicain Habacuc Antonio De Rosario, qui cosigne le scénario avec elle. Le résultat est un film très dur sur le torrent de violence qui s'abat sur le Mexique.

Produit par le VAF côté flamand, les Dardenne côté francophone, Cristian Mungiu en Roumanie et Michel Franco au Mexique, La Civil dépeint une réalité désespérante, résumée par la blague qui ouvre le film : "Adam dit à Ève : On est nus, sans travail, sans argent. On nous dit qu'on est au Paradis ; on doit sûrement être au Mexique…" Un pays de misère où tout sens moral semble avoir disparu. À tel point que la frontière entre armée et cartels, justice et corruption, bien et mal devient impossible à déterminer. Comme si la spirale de la violence emportait tout sur son passage, y compris cette héroïne, prête à tout pour tenter de retrouver sa fille. Quitte à s'abaisser à son tour au pire.

Dans le rôle de cette mère en quête de réponse et de vengeance, dont le combat tourne à l'obsession, Arcelia Ramírez est remarquable. Actrice mexicaine reconnue dans son pays - on l'a notamment vue dans C'est la vie d'Arturo Ripstein en 2000 ou plus récemment dans la série Netflix El club -, elle se jette corps et âme dans ce rôle plus ambigu que ne pourrait le laisser penser le film au début.

C’est que Teodora Mihai creuse là où cela fait mal, dans la noirceur humaine, qui touche tout aussi bien les bourreaux que leurs victimes… Et ce à travers une mise en scène très intense, qui fait appel par moments aux ressorts du film d’action quasi hollywoodien pour décrire la violence qui déchire la société mexicaine.

La Civil Thriller De Teodora Ana Mihai Scénario Teodora Mihai & Habacuc Antonio De Rosario Photographie Marius Panduru Montage Alain Dessauvage Avec Arcelia Ramírez, Alvaro Guerrero… Durée 2h15.

"La Civil": un film très dur sur le torrent de violence qui s’abat sur le Mexique
©D.R.