"Last Night in Soho": un film d’horreur pas comme les autres...

Edgar Wright signe un film d’horreur féministe hyper stylisé, qui convoque le fantôme des Sixties londoniens.

Jeune orpheline élevée dans les Cornouailles par sa grand-mère, Éloïse Turner (Thomasin McKenzie) est folle de joie : elle vient d’être prise dans une grande école de stylisme à Londres ! Sa mère, qui rêvait elle aussi de faire carrière dans la mode, serait fière d’elle. Ellie sent d’ailleurs toujours le regard bienveillant de celle-ci derrière son épaule. La jeune fille de la campagne aux goûts un peu rétro s’apprête donc à conquérir la capitale. Sauf qu’une fois débarquée à Soho, elle déchante rapidement. Elle ne supporte pas sa coloc’ Jocarta (Synnøve Karlsen). Elle trouve donc une petite chambre meublée chez Miss Collins (l’ex-James Bond Girl Diana Rigg), une vieille dame sévère.

Dans cette demeure poussiéreuse où rien ne semble avoir changé depuis des dizaines d'années, Ellie se sent comme à la maison ! Et elle se prend à rêver de l'ambiance électrique du Londres des Sixties… Une nuit, se laissant embarquer dans ses divagations, elle débarque à Soho en 1965, où les cinémas jouent Opération Tonnerre avec Sean Connery. Là, elle devient le double de Sandie (Anya Taylor-Joy), une jolie blonde qui rêve de devenir la nouvelle Petula Clark avec l'aide de Jack (Matt Smith), un beau ténébreux qui fait office d'amant, d'agent et bientôt de mac…

L’envers du décor

Avec sa reconstitution trois étoiles du Swinging London, Last Night in Soho est un film d'horreur pas comme les autres, très ambitieux. Racontant en parallèle le destin de deux jeunes ingénues montées à Londres dans l'espoir de réaliser leurs rêves artistiques (devenir chanteuse pour l'une, styliste pour l'autre), Edgar Wright propose une vision à contre-courant de l'imagerie classique de Soho. Ses clubs enfumés et vibrants se transforment ici en bouges peuplés d'hommes libidineux, venus se rincer l'œil face à des jeunes filles aux robes légères et courtes, à qui ils paient du champagne dans l'espoir de passer la nuit avec elles…

Last Night in Soho propose en effet une relecture très féministe du mythe du Swinging London. Et ce grâce à deux jeunes actrices parmi les plus en vogue du moment : la Néo-Zélandaise Thomasin McKenzie (vue dans Jojo Rabbit de Taika Waititi et le récent Old de Night M. Shyamalan) et Anya Taylor-Joy, la révélation de la série Netflix Le jeu de la dame.

Réalisateur britannique découvert avec des films de genre parodiques comme Shaun of the Dead en 2004 ou Le Dernier Pub avant la fin du monde en 2013 - et qui bosse actuellement sur une nouvelle adaptation de Running Man de Stephen King -, Edgar Wright est d'abord un styliste. Brillante, sa mise en scène est bourrée de trouvailles pour faire se répondre les deux époques du film et décrire le cauchemar psychologique dans lequel s'enferme sa jeune héroïne. Mais la mise en scène prend malheureusement souvent le dessus sur le récit. Notamment dans une résolution assez laborieuse, plutôt tape-à-l'œil et grand guignol, qui dessert même quelque peu le propos initialement féministe du film…

Last Night in Soho Film d'horreur De Edgar Wright Scénario Edgar Wright & Krysty Wilson-Cairns Photographie Chung-hoon Chung Musique Steven Price Montage Paul Machliss Avec Thomasin McKenzie, Anya Taylor-Joy, Matt Smith, Diana Rigg, Terence Stamp, Synnøve Karlsen… Durée 1h56.

"Last Night in Soho": un film d’horreur pas comme les autres...
©D.R.