"Lui": le film n'évite pas l’écueil du film français dont le personnage principal se regarde (un peu trop) le nombril

Le réalisateur des "Petits mouchoirs" signe un film très personnel entre crise existentielle et atermoiements de la création, mais n’évite pas tous les clichés du genre.

Cette retraite sur une petite île bretonne ressemble à une fuite. À peine installé, l’homme (Guillaume Canet) ressent pourtant le besoin d’appeler sa femme (Virginie Efira) et de lui expliquer sa volonté de s’isoler, de se recentrer pour travailler sur cette bande sonore de film qu’il ne parvient pas à imaginer.

Musicien en panne d’inspiration

Des sons et même des bruits, multiples et variés, le compositeur en perçoit pourtant beaucoup dans cette maison isolée non loin de la falaise dont la propriétaire est jugée "folle" par tous dans le village. Au point qu’il se demande qui se cache dans le grenier…

Hanté par sa mauvaise conscience, ses propres faiblesses, ses remords et ses regrets, il erre dans la nature, tente de composer sur le piano désaccordé, mais rien n’y fait, l’inspiration semble l’avoir abandonné…

La bonne idée de ce long métrage est d'avoir su donner vie aux nombreux monologues ou dialogues intérieurs qui polluent l'esprit de ce musicien en panne de création. Il est perdu dans ses pensées - doit-on dire ses délires ? - et l'apparition de ses différents interlocuteurs fait que, nous aussi, nous le suivons dans ces échanges plus ou moins houleux, plus ou moins revanchards, ne sachant pas toujours ce qui est vrai et appartient au présent ou au passé du personnage, ou ce qui est totalement imaginaire et de l'ordre du "si j'avais su, si j'avais pu".

La partie de ping-pong verbale, créative et désarçonnante, se poursuit sous nos yeux et est plutôt jouissive entre les reproches mi-comiques, mi-acerbes de sa femme (Virginie Efira, toujours très juste), les constats désabusés de sa maîtresse (Laetitia Casta, à la fois mutine et déterminée) et les railleries de son meilleur ami (Mathieu Kassovitz, plutôt frondeur).

Dans cette sarabande où chacun a son mot à dire et compte bien se faire entendre, l’homme est le plus souvent perdu et ne trouve aucun répit, aucune consolation, y compris auprès de ses parents (Nathalie Baye et Patrick Chesnais).

À chacun sa (bonne) conscience

Le film n'évite pas toujours les clichés du genre ni l'écueil du film français dont le personnage principal se regarde (un peu trop) le nombril mais il illustre de façon originale les dilemmes et questionnements qui, parfois, nous taraudent. Ces sempiternels questionnements et revirements qui peuvent nous empoisonner la vie. Ils reflètent bien l'état d'esprit du comédien coincé dans l'attente de pouvoir mener à bien son projet de super-production adaptée de l'univers de la BD Astérix le Gaulois.

Mieux vaut, bien sûr, ne pas être allergique à Guillaume Canet avant de se lancer dans ce long métrage écrit, réalisé et joué en grande partie par le comédien français. L’acteur-réalisateur a toutefois eu le bon goût de s’entourer de comédiens de talent ne manquant pas de répondant, ce qui allège le côté parfois un peu "stérile" de ce huis clos cauchemardesque sur une île.

Lui Seul sur une île De Guillaume Canet Scénario Guillaume Canet Avec Guillaume Canet, Virginie Efira, Laetitia Casta, Mathieu Kassovitz Durée 1h28.

"Lui": le film n'évite pas l’écueil du film français dont le personnage principal se regarde (un peu trop) le nombril
©D.R.


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