"The French Dispatch": si Anderson n’a plus grand-chose à dire, il le dit toujours aussi bien !

Wes Anderson plus virtuose que jamais dans un brillant exercice de style.

Dévoilé en Compétition à Cannes en juillet dernier, The French Dispatch est un bonbon pour cinéphiles, qui ravira les fans de Wes Anderson. Fidèle à son style, le cinéaste américain signe un film 100 % andersonien, composé d'une série de tableaux ultra-léchés, fourmillant comme toujours de mille et un détails, qui nous plonge dans une France des années 50-60 totalement fantasmée.

Le cinéma hollywoodien a toujours aimé ce Paris irréel, avec béret sur le crâne et baguette sous le bras. Maître de l’artifice, Anderson surjoue la caricature, tout en y greffant un hommage à des classiques du cinéma français qu’il aime, notamment dans son utilisation des décors et du noir et blanc. Avant de repasser à un Technicolor éclatant !

Hommage aux magazines américains

The French Dispatch, c'est le supplément mensuel du quotidien Liberty, Kansas Evening Sun, écrit par les correspondants à Ennui (le Paris de fiction de Wes Anderson) de ce journal américain de province. Le film est d'ailleurs construit comme un numéro du magazine, composé d'une nécro (celle du rédacteur en chef Arthur Howitzer Jr, campé par Bill Murray), d'un guide touristique de la ville (en compagnie d'Owen Wilson) et de trois articles de fond. Tilda Swinton nous raconte l'histoire d'un artiste maudit emprisonné (Benicio Del Toro) et de sa gardienne/muse (Léa Seydoux). Frances McDormand nous plonge dans les barricades de la révolution de l'Échiquier avec Timothée Chalamet en leader étudiant. Et Jeffrey Wright dresse le portrait du chef Nescaffier (Stephen Park), inventeur de la "gastronomie gendarmique" pour le chef de la police d'Ennui (Mathieu Amalric).

Même s'il magnifie et moque à la fois Paris, The French Dispatch a été tourné à Angoulême, la ville de la bande dessinée. Si la précision est apportée en grand au générique de fin, ce n'est sans doute pas un hasard. Rendant hommage aux grands magazines américains - le défilé final des couvertures du French Dispatch (vendu 34 francs en Belgique) façon New Yorker est fabuleux -, le dixième film de Wes Anderson est en effet plus cartoonesque que jamais, s'offrant même quelques échappées vers l'animation.

Comme les bulles de champagne

La maîtrise du récit de Wes Anderson est toujours aussi virtuose, avec un sens unique du découpage, du cadrage et du rythme. Alors oui, l'épisode consacré à Mai 68 est plus faible. Anderson réduit la révolte étudiante et la grève générale qui suivit à un caprice bourgeois, qu'il résume en un slogan dénué de tout sens politique : "Les enfants sont grognons". Reste que, visuellement toujours aussi époustouflant, The French Dispatch est un pur régal de mise en scène, pétillant comme les bulles d'un bon champagne et riche d'une incroyable galerie d'actrices et d'acteurs, venus parfois juste dire une réplique…

Un film où l'on retrouve avec un bonheur intact tous les marqueurs du cinéma de Wes Anderson (comme les moyens de transport compartimentés, ici des avions). Lequel réussit à se répéter sans jamais ennuyer. Soyons honnêtes, la belle mécanique du cinéaste texan a tendance à tourner un peu à vide depuis le génial Moonrise Kingdom en 2012, mais on aurait quand même tort de gâcher son plaisir. Car si Anderson n'a plus grand-chose à dire, il le dit toujours aussi bien !

The French Dispatch Comédie à sketchs Scénario & réalisation Wes Anderson (d'après une histoire de Wes Anderson, Roman Coppola, Jason Schwartzman & Hugo Guinness) Photographie Robert Yeoman Musique Alexandre Desplat Avec Bill Murray, Adrien Brody, Benicio Del Toro, Tilda Swinton, Timothée Chalamet, Owen Wilson, Frances McDormand, Jeffrey Wright, Bob Balaban, Léa Seydoux, Mathieu Amalric, Cécile de France, Damien Bonnard… Durée 1h43.

"The French Dispatch": si Anderson n’a plus grand-chose à dire, il le dit toujours aussi bien !
©D.R.