"All-in": l'absurdité du tourisme de masse

Dans son second documentaire, le cinéaste flamand d'origine turque Volkan Üce propose une plongée qui fait réfléchir dans l’envers du décor d’un luxueux ressort de la Riviera turque.

"All-in": l'absurdité du tourisme de masse
©Dalton

En ce début de saison touristique, on s'affaire à l'hôtel Nashira, luxueux ressort situé au bord de la Méditerranée à Antalya, sur la Riviera turque. Les candidats à l'embauche défilent dans le bureau du jeune responsable des ressources humaines de 27 ans. Celui-ci accueille notamment Hakan, 25 ans, et Ismael, 18 ans. Souffrant de phobie sociale, le premier est resté cloîtré chez lui durant des années, à lire Nietzsche, Schopenhauer, de la poésie érotique turque. Il décroche un poste de maître-nageur, espérant épargner assez pour se payer un billet d'avion pour les États-Unis, où il rêve de faire du cinéma. Le second vient bosser comme serveur au buffet pour ramener un peu d'argent à sa famille, restée dans son lointain village...

C'est à travers le regard de ces deux jeunes hommes que Volkan Üce nous fait découvrir l'envers du décors du tourisme de masse. Diplômé en sciences politiques et sociales de l'université d'Anvers, celui-ci s'est tourné vers le cinéma avec Displaced en 2017, un premier documentaire où il suivait de jeunes Belges et Néerlandais d'origine turque qui avaient choisi d'aller vivre à Istanbul, pour fuir la discrimination dont ils étaient victimes. Un retour aux origines pas toujours simple pour ces candidats à l'exil... Avec son nouveau film All-In, le documentariste poursuit donc son portrait désabusé de la jeunesse turque.

Sans jamais s'intéresser à la vie des touristes (à majorité russes) de ce ressort, Üce ne quitte pas ses personnages, au travail, mais aussi dans les dortoirs ou durant leur temps libre. Ce que capte le cinéaste à travers ces moments banals ou ces confidences désabusées des deux jeunes, c'est leur évolution au fil des semaines. Au contact de ces vacanciers étrangers, ni l'un, ni l'autre ne seront en effet les mêmes à la fin de la saison. Très philosophe, ouvertement agnostique dans un pays musulman, Hakan théorise même cette évolution chez lui, estimant être passé de l'espoir au doute, puis au nihilisme...

Face à l'absurdité de ce bonheur factice que l'on crée pour les touristes, de ces montagnes de nourriture gaspillée, mais aussi face à l'impolitesse et au mépris de certains clients, le jeune homme en vient en effet à remettre en cause son existence. Face à tant de futilité, il estime avoir perdu son honnêteté et s'être abîmé dans la superficialité... Comme une définition du tourisme de masse, symbole d'une société de consommation qui ravage les paysages, les hommes et l'environnement...

"All-in": l'absurdité du tourisme de masse
©Dalton

All-In Documentaire Scénario & réalisation Volkan Üce Photographie Joachim Philippe Musique David Boulter & Darius Timmer Montage Els Voorspoels Durée 1h20

"All-in": l'absurdité du tourisme de masse
©Cote LLB