"Les Olympiades": où en sont l’amour, le romantisme et la sexualité à l’heure d’Internet et des applications de rencontre ?

À bientôt 70 ans, Jacques Audiard signe un film d’une infinie justesse sur la jeunesse d’aujourd’hui.

Six ans après avoir décroché la Palme d'or pour Dheepan , Jacques Audiard retrouvait la Compétition cannoise, en juillet dernier avec Les Olympiades, un film totalement oublié par le jury de Spike Lee. Co-écrit avec Céline Sciamma et Léa Mysius, le 9e long métrage du cinéaste peut paraître léger, décrivant avec élégance et subtilité la vie amoureuse en ce début de XXIe siècle. Il se révèle pourtant d'une grande profondeur. Inspirée de trois histoires du recueil de BD Les Intrus de l'Américain Adrian Tomine, l'intrigue a été déplacée à Paris, dans le nouveau quartier des Olympiades, dans le 13e. Un quartier à forte minorité chinoise - où l'on retrouve le goût d'Audiard pour la description des minorités à Paris, déjà présentes dans Dheepan, Un prophète ou De battre mon coeur s'est arrêté .

Le film s’ouvre sur le personnage d’Émilie (Lucie Zhang), jeune diplômée en Sciences Po d’origine chinoise bossant dans un call-center, où elle vend à la chaîne des abonnements téléphoniques. Habitant l’appartement de sa grand-mère, placée en maison de repos, elle se cherche une nouvelle colocataire. Sauf que, lorsqu’elle lui ouvre la porte, elle découvre que Camille n’est pas une jeune fille, mais un charmant professeur de lettres noir (Makita Samba). Entre les deux, c’est immédiatement fusionnel au lit, même si Camille refuse de tomber amoureux…

En parallèle, on suit l’histoire de Nora (Noémie Merlant). Tout juste débarquée de Bordeaux pour reprendre des études de Droit à Tolbiac, elle se retrouve victime de harcèlement sur les réseaux sociaux quand on la confond avec la cam-girl à succès Amber Sweet (Jehnny Beth, jeune chanteuse ayant notamment collaboré avec Rone, qui signe la formidable musique du film…)

Le romantisme au XXIe siècle

Où en sont l'amour, le romantisme et la sexualité à l'heure d'Internet, des applications de rencontre et du questionnement sur le genre ? Telles sont les questions que pose, avec beaucoup d'élégance Jacques Audiard dans Les Olympiades. Après le western humaniste anglophone Les Frères Sisters en 2018, le cinéaste renoue avec bonheur avec la veine contemporaine de son cinéma. Tourné dans un noir et blanc délicat, rythmé par de formidables dialogues, le film capte avec une grande justesse des moments de vie, pour décrire le quotidien d'une jeunesse qui a déjà renoncé aux valeurs de ses aînés, que ce soit par rapport au travail ou au couple.

Ce portrait de la jeunesse parisienne, Audiard lui confère une grande sensualité, teintée d’érotisme, mettant en scène des jeunes gens à la recherche du plaisir sans conséquence (et sans jugement), pour mieux cacher, peut-être, leur criant besoin de relations plus profondes. Car ce qui frappe avant tout ici, c’est la solitude de ces personnages qui ne sont pourtant quasiment jamais seuls…

À côté de Noémie Merlant (révélée dans Le Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, dont on sent clairement la patte dans l'évolution du personnage de Nora), on découvre deux jeunes acteurs formidables dans leurs premiers grands rôles au cinéma : Lucie Zhang et Makita Samba (déjà vu chez Téchiné dans Nos années folles ou chez Michael Hanneke dans Happy End ). Deux comédiens éclatants de naturel, qui offrent leur jeunesse à un film signé par un réalisateur de 69 ans qui dresse, avec modestie et légèreté, un magnifique portrait de la jeunesse d'aujourd'hui.

Les Olympiades, Paris 13e Comédie dramatique De Jacques Audiard Scénario Jacques Audiard, Céline Sciamma et Léa Mysius Photographie Paul Guilhaume Musique Rone Montage Juliette Welfling Avec Lucie Zhang, Makita Samba, Noémie Merlant, Jehnny Beth… Durée 1h45.

"Les Olympiades": où en sont l’amour, le romantisme et la sexualité à l’heure d’Internet et des applications de rencontre ?
©D.R.