"Pleasure": pression sur les actrices, humiliation, viol, prostitution… une critique sans concession du porno

Un regard féminin et sans concession de l’industrie du X, par une jeune cinéaste prometteuse.

"Pleasure": pression sur les actrices, humiliation, viol, prostitution… une critique sans concession du porno
©D.R.

Labellisé "Cannes 2020", avant d'être présenté cette année à Deauville, puis à Gand (où il a décroché le prix du jury jeune), Pleasure est un premier long métrage qui, partout où il est montré, crée un choc. Ninja Thyberg nous plonge en effet au cœur de l'industrie du cinéma pornographique. Et ce sur les traces de Linnéa (Sofia Kappel), une jeune Suédoise de 19 ans qui atterrit à Los Angeles, bien décidée de devenir, sous le nom de Bella Cherry, la nouvelle grande star du X. Fière de poser sur Instagram le visage recouvert de sperme après son premier tournage, la jeune fille découvre rapidement un monde cruel et cynique. Si elle veut devenir une Spiegler Girl et intégrer l'élite du porno, au lieu de végéter chez son agent miteux, elle va devoir faire pas mal de concessions…


Frontières troubles

On estime que l’industrie du sexe réalise un chiffre d’affaires annuel global de 50 milliards de dollars. Côté face, le porno a ses stars, ses cérémonies de prix et peut faire rêver certains, qui y voient une façon rapide et "facile" de se faire de l’argent. Côté pile, on ne compte plus les histoires de vidéos plus ou moins volées à de jeunes "modèles" abusées par des producteurs sans scrupules…

Dans ses courts métrages, Ninja Thyberg s'est toujours intéressée à la sexualité. Militante anti-porno à l'origine, la jeune femme voulait adapter son film Pleasure (remarqué la 52e Semaine de la Critique cannoise en 2013) en version longue. Pour ce faire, elle est allée enquêter dans l'univers du porno aux États-Unis, largement majoritaires en la matière, avec près de 90 % de la production professionnelle. C'est donc dans un autre Hollywood qu'elle s'est infiltrée durant six ans pour écrire le scénario de Pleasure . Ce faisant, elle est parvenue à convaincre de nombreuses figures du milieu de participer à son film : des acteurs (Kendra Spade, Evelyn Claire, Michael Omelko, Aiden Starr…), mais aussi Mark Spiegler, agent de stars du X, dans son propre rôle.

Exploitation des corps

Et c’est là que Ninja Thyberg frappe fort, en brouillant constamment la frontière entre fiction et réalité, pour proposer une description ultra-réaliste, jusqu’au dégoût, des coulisses du X - le film sort en Belgique dans sa version non censurée, interdit aux moins de 18 ans.

Pression sur les actrices, humiliation, viol, prostitution… La cinéaste signe une critique sans concession du porno. En appuyant notamment sur le cynisme de ce milieu patriarcal jusqu’à la caricature où, pour réussir, une actrice doit en venir à intégrer le regard dominant, celui des hommes, sur la sexualité. Quitte à reproduire sur d’autres femmes les mécanismes de domination qu’elle a elle-même subis…

Pour nous faire vivre le difficile parcours de son héroïne, Ninja Thyberg a déniché une jeune comédienne suédoise épatante, Sofia Kappel, qui n’a pas eu froid aux yeux pour son premier rôle devant la caméra. La cinéaste la place en effet dans toutes les situations que peut rencontrer une actrice X (hormis l’acte sexuel en lui-même) dans une série de scènes plus vraies les unes que les autres. Autant de scènes choquantes, à la limite du supportable parfois, mais qu’il faut pouvoir regarder en face pour appréhender la réalité d’un "divertissement" qui repose quasi exclusivement sur l’exploitation du corps de la femme au nom du profit.

Pleasure Drame gonzo De Ninja Thyberg Scénario Ninja Thyberg & Peter Modestij Avec Sofia Kappel, Evelyn Claire, Revika Anne Reustle, Kendra Spade, Tee Reel… Durée 2h01.

"Pleasure": pression sur les actrices, humiliation, viol, prostitution… une critique sans concession du porno
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