"Cry Macho": Clint Eastwood assume enfin son âge

Clint Eastwood revient, devant et derrière la caméra, en une nouvelle variante de lui-même.

"Je n'ai pas de remède contre la vieillesse" répond Mike Milo auquel on présente un chien mal en point. Coller ce dialogue dans la bouche de Clint Eastwood, 91 ans, infatigable acteur et réalisateur, relève de l'antithèse.

Depuis qu'on dit de ses films qu'ils sont "crépusculaires" - en gros, trente ans, depuis Unforgiven (1992) -, Eastwood s'amuse à en décliner les tonalités, notamment avec l'aide du scénariste Nick Schenk dans Gran Torino (2008) et La Mule (2018).

Brouiller les pistes

Le réalis-acteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes ou rebattre les cartes. Posture du papy réac indigne qui se lamente sur la "génération mauviette" en raillant Obama et en appelant à voter Trump. Réalisateur patriote qui y va de sa tétralogie sur l'héroïsme américain (American Sniper, Sully, Le 15 h 17 pour Paris, Le Cas Richard Jewell).

Dans La Mule (2018), il retrouvait un rôle de vieil enquiquineur, qui tenait presque de l'autoportrait unforgiven - impardonné : père absent, mari raté mais citoyen floué, il se faisait passeur de drogue pour un cartel mexicain. Dirty Harry devenu dirty papy : on achève bien les antihéros.

Inspirée d'une histoire vraie, celle d'Earl Stone, La Mule inversait les rôles et les stéréotypes, non sans malice de la part d'Eastwood : le clandestin de la frontière américano-mexicaine qui faisait le mur était un Américain bon teint dont l'appât du gain était motivé par sa seule survie.

Cry Macho, en dépit de son titre trompeur, prolonge cet effet miroir inversé. À nouveau un vieil homme, veuf, désabusé et sans emploi, est envoyé de l'autre côté de la frontière pour une mission clandestine : ramener à son ancien patron son fils, de mère mexicaine - dont les activités sont suffisamment troubles pour justifier le kidnapping.

Le road movie tourne comme il se doit à la rencontre entre le vieil homme et l’enfant, en guise de rédemption pour le premier et d’initiation pour le second, flanqué d’un coq de combat qui donne son titre au film.

Inattendu retournement, papy Clint intime au jeunot de "laisser tomber ces histoires de macho".

S’ajoute à l’affaire une aubergiste d’autant plus secourable qu’elle est veuve. Tel le hors-la-loi Josey Wales, le doux, dur et tendre Mike tirera de l’aventure de nouveaux compagnons.

Echo nostalgique

L'affiche (Clint coiffé de son chapeau de cow-boy) joue à fond l'écho nostalgique de ses heures de gloire. L'évocation confère à Cry Macho un certain charme, même si les ficelles sont grosses comme un lasso de rodéo et les bons sentiments lourds comme un .44 Magnum.

Pris isolément, le film est le témoin de l’âge du réalisateur : lent, un brin poussif, voire rouillé. Mais, bel et bien inscrit dans la filmographie du réalisateur comme de l’acteur (où le meilleur alterne avec le moins bon sinon le pire), il témoigne toutefois d’une remarquable lucidité dans sa distanciation badine avec les stéréotypes qu’il a entretenu.

On y retrouve des constantes de son cinéma, notamment sa foi en une communauté solidaire de proscrits ou paumés, famille d’adoption qui permet de triompher de l’adversité. On lui passerait presque son indécrottable paternalisme qui fait de l’Américain blanc le bon, le malin et le mentor.

Eastwood assume enfin son âge. S'il peut encore se faire doubler dans une scène de dressage de canasson, sans que le spectateur ne soit dupe, il ne joue plus les fiers-à-bras face aux sbires de la mère du gamin. Non, car il n'y a pas de remède contre la vieillesse, en effet.

Cry Macho Road-western De Clint Eastwood Scénario Nick Schenk Avec Clint Eastwood, Eduardo Minett,… Durée 1h44.

"Cry Macho": Clint Eastwood assume enfin son âge
©D.R.