"Tre piani": un drame classique, voire un peu paresseux dans sa mise en scène, mais qui remue des sujets forts

Dans son dernier film, le cinéaste italien entrecroise, sur trois étages d’un immeuble cossu, le destin de quatre familles romaines.

Six ans après Mia madre (comédie sur la mort d'une mère où son alter ego était incarné par John Turturro), Nanni Moretti retrouvait la Compétition cannoise en juillet dernier avec une adaptation de Trois étages de l'Israélien Eskhol Nevo, publié l'année dernière chez Gallimard. C'est la première fois que le cinéaste du Journal intime en 1994 ne signe pas un scénario original. S'il délaisse donc quelque peu l'auto-fiction, cette histoire pourrait être la sienne. Pas seulement parce qu'il déplace l'intrigue de Tel Aviv à Rome et qu'il joue dans le film, mais parce qu'elle lui permet d'aborder des thèmes qui lui sont chers : le couple, la famille, la filiation. Mais pas la politique cette fois.

Destins croisés

Un soir, alors que Monica (Alba Rohrwacher) attend seule un taxi pour se rendre à la maternité, où elle doit accoucher de son premier enfant, Andrea, un jeune homme complètement ivre, renverse mortellement une passante en voiture, avant de terminer sa course dans le bureau de Lucio (Riccardo Scamarcio). Cet architecte vit dans le même immeuble bourgeois de Rome qu’Andrea et Monica, avec sa femme et sa fille de 7 ans. Le lendemain, les parents confient leur fille à leur voisin de palier, Renato, qui fait office de Nonno à la petite… Celle-ci et le vieux monsieur sénile sont retrouvés à la nuit tombée dans un parc. Lucio est persuadé qu’il est arrivé quelque chose de grave à sa fille…

Alors qu’Andrea risque 5 ans de prison, son père Vittorio (Nanni Moretti), juge haut placé inflexible, refuse d’intercéder en faveur de son fils. Sa femme (Margherita Buy) se retrouve partagée entre son fils et son mari…

La douleur d’être parent

Sur dix ans - l'intrigue se déroule à trois époques, avec deux ellipses de 5 années -, Nanni Moretti observe le destin croisé de quatre familles romaines aisées, pour étudier la façon dont un couple fait face au malheur qui peut frapper son enfant. Un thème déjà au cœur de La Chambre du fils , qu'approfondit ici le cinéaste, en multipliant les points de vue et les personnages. Mais en trouvant toujours cet équilibre parfait entre gravité et légèreté.

Toujours aussi à l’aise dans l’analyse de la psychologie de ses personnages, l’Italien livre un drame classique, voire un peu paresseux dans sa mise en scène et sa narration. Mais il remue à nouveau des sujets forts : la douleur, le deuil, la culpabilité, mais aussi de la difficulté pour les parents de laisser vivre leurs enfants… Sans éblouir, Moretti signe néanmoins un film universel sur le bonheur, mais aussi la douleur d’être parents.

Tre piani Drame choral De Nanni Moretti Scénario Nanni Moretti, Federica Pontremoli & Valia Santella (d'après Eshkol Nevo) Musique Franco Piersanti Avec Nanni Moretti, Margherita Buy, Alba Rohrwacher, Riccardo Scamarcio… Durée 1h59.

"Tre piani": un drame classique, voire un peu paresseux dans sa mise en scène, mais qui remue des sujets forts
©D.R.