"Haute couture": une belle rencontre d'actrices dans un milieu méconnu

Esther (Nathalie Baye) prépare son dernier défilé avant son départ à la retraite. Loin de se réjouir de la fin de cette vie passée "à se faire commander" dans les coulisses des maisons de haute couture et des boutiques de luxe, la première d'atelier chez Dior est nostalgique et un brin amère. Ce métier et ses compagnes d'atelier, c'est toute sa vie…

Ce jour-là, Esther croise une jeune chanteuse (Jade) dans le métro mais tandis qu’elle l’écoute, elle se fait voler son sac. La jeune fille lui propose de rattraper le fuyard, mais est de mèche avec lui. En découvrant le contenu du sac à main, Jade est prise de remords et décide de tenter de retrouver sa propriétaire et de le lui rendre.

Reconnaissante, même si elle n'est pas dupe, Esther décide d'offrir un verre à la jeune fille dont elle a remarqué les doigts agiles et fins… Jade (Lyna Khoudri), qui vit seule en banlieue avec sa mère malade (Clotilde Courau), n'en revient pas de la franchise et du culot de cette "daronne" au quotidien si éloigné du sien, dont elle partage les manières parfois abruptes…

Ce film aux allures de conte de fées déplaira forcément aux plus cyniques d'entre nous, mais il mettra le cœur des plus optimistes "en citrouille" avec son message sur la valeur intrinsèque et les rêves de chacun qu'il importe de poursuivre.

La force du long métrage de Sylvie Ohayon réside dans la finesse de ses deux comédiennes principales, dans la pertinence de leurs dialogues aussi. Et dans la mise en lumière de quelques vérités bien senties et pleines de bon sens, malgré quelques clichés dommageables et quelques touches de guimauve superflues. Le film aurait gagné à aller bien plus loin dans son traitement des idées reçues sur les "rebeus" et la façon dont eux-mêmes appréhendent leur place dans la société française.

Un duo d’actrices de grande classe

Si le duo Nathalie Baye - Lyna Khoudri séduit, c’est grâce à la classe et à la tchatche de ses deux interprètes principales, tandem auquel vient se greffer l’incisive Souad (Soumaye Bocoum), amie de Jade, à qui, décidément, on ne la fait pas…

Le film et son ancrage sociologique auraient mérité des effets moins appuyés, notamment en termes de bande son, mais son message sonne juste : la beauté (dans l’environnement, le travail, les relations humaines) est réellement créatrice de bien-être et de bonnes ondes, et il est très compliqué de faire émerger un talent sans encouragements.

Lyna Khoudri (Papicha, The French Dispatch) joue sa partition à la perfection et illumine l'écran dans cette rencontre des contraires qui sont, avant tout, deux solitudes qui s'aimantent. "Pour Jade et toutes les femmes de bonne volonté", signe la réalisatrice en guise d'épilogue. Ses intentions sont nobles, mais parfois un peu trop surlignées, le film aurait gagné à exposer un peu moins ses parements.

Haute Couture Fable et parabole Scénario & réalisation Sylvie Ohayon Avec Nathalie Baye, Lyna Khoudri... Durée 1h59.

"Haute couture": une belle rencontre d'actrices dans un milieu méconnu
©D.R.