"Julie (en 12 chapitres)": le portrait sensible d’une femme d’aujourd’hui

Le Norvégien Joachim Trier livre le portrait sensible d’une femme d’aujourd’hui dans un film touché par la grâce, illuminé par la magique Renate Reinsve.

En juillet dernier, le Norvégien Joachim Trier ravissait la Croisette, en Compétition du 74e Festival de Cannes, avec le magique Julie (en 12 chapitres), un petit bijou qui se savoure sur grand écran. Toujours coécrit avec son fidèle coscénariste Eskil Vogt, le film retrace, "en 12 chapitres, un prologue et un épilogue" (et sur deux heures que l'on ne sent pas passer), quelques moments-clés dans la vie de Julie (Renate Reinsve).

Étudiante en médecine, cette jeune fille indécise bifurque vers la psychologie, puis la photographie. Avant de tomber follement amoureuse d’Aksel (Anders Danielsen Lie), dessinateur de BD underground de 15 ans son aîné. Ces deux-là s’aiment, mais la différence d’âge se fait sentir. Notamment quand il s’agit d’aller passer le week-end à la campagne chez des amis d’Aksel, avec toute leur marmaille… Il voudrait, lui aussi, un enfant, mais Julie n’en a pas encore envie. C’est que la jolie bibliothécaire de 29 ans prend encore plaisir à flirter avec un inconnu (Herbert Nordrum) dans une fête de mariage où elle se tape l’incruste…

Portrait générationnel

En norvégien et en anglais, le film s'appelle "La pire personne au monde". Un titre moins poétique, mais qui donne le ton de ce délicat portrait d'une jeune femme peu sûre d'elle, ni de ce qu'elle veut faire de sa vie ou de ses sentiments. Julie est juste une jeune femme de son temps, qui a grandi avec les écrans, les réseaux sociaux, les notifications permanentes sur son téléphone portable. Quand son amoureux a encore connu une culture inscrite dans des objets : disques, DVD, livres…

Pour camper ce couple, Joachim Trier a fait appel à deux acteurs déjà à l'affiche d'Oslo, 31 août il y a 10 ans. Dans son premier grand rôle, Renate Reinsve est lumineuse, révélant à 33 ans un immense talent, récompensé à Cannes d'un prix d'interprétation amplement mérité. Tandis qu'Anders Danielsen Lie - revu entre-temps en Anders Behring Breivik dans Un 22 juillet de Paul Greengrass en 2018, mais aussi à l'affiche, mercredi prochain, de Bergman Island de Mia Hansen-Løve - est, une fois encore, éclatant de naturel dans le rôle de ce quadragénaire se posant des questions sur sa vie que l'on sent proche du cinéaste.

Portrait sensible

Si Julie (en 12 chapitres) résonne si puissamment, c'est qu'à travers la trajectoire de cette jeune femme indécise, Joachim Trier propose une réflexion profonde sur l'amour, la vie de couple, la filiation, le rapport à la culture, mais aussi sur le temps qui passe et les aspirations manquées. Il le fait grâce à une mise en scène inventive - qui s'offre, au centre du film, une séquence-pivot onirique d'une grande poésie -, mais aussi une tonalité très personnelle, qui mêle gravité et humour, légèreté et sensibilité, romantisme et crudité. Dans un film qui, comme la vie, passe par toutes les émotions et se révèle donc profondément émouvant…

Julie (en 12 chapitres) / The Worst Person in the World Comédie dramatique De Joachim Trier Scénario Joachim Trier & Eskil Vogt Photographie Kasper Tuxen Musique Ola Fløttum Avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum, Maria Grazia Di Meo… Durée 2h01.

"Julie (en 12 chapitres)": le portrait sensible d’une femme d’aujourd’hui
©D.R.