"Le Pouvoir du chien": quel bonheur d’enfin retrouver Benedict Cumberbatch dans un grand rôle !

Pour Netflix, Jane Campion signe un western vénéneux dans le Montana des années 1920.

"Le Pouvoir du chien": quel bonheur d’enfin retrouver Benedict Cumberbatch dans un grand rôle !
©KIRSTY GRIFFIN/NETFLIX © 2021

Cela fait onze ans qu'on attendait le nouveau film de Jane Campion, depuis Bright Star en 2009. Entre-temps, la cinéaste néo-zélandaise s'était tournée vers la télé, notamment avec sa série Top of the Lake . En septembre dernier, elle décrochaità la Mostra de Venise le Lion d'argent de la mise en scène pour The Power of the Dog, son huitième long métrage seulement depuis Sweetie en 1989. Un film qui marque un brillant retour au cinéma grâce à… Netflix. (*)

Western tardif

La réalisatrice de La Leçon de piano (Palme d'or en 1993) adapte ici Le Pouvoir du chien, roman publié en 1967 par l'écrivain américain Thomas Savage et prouve une nouvelle fois son goût pour les personnages en marge.

Dans le Montana du milieu des années 1920, Phil (Benedict Cumberbatch) et George Burbank (Jesse Plemons) gèrent le plus grand ranch de l’État. Autant l’aîné est un homme rustre et cruel, autant le cadet est un être sensible et raffiné. Cela fait 25 ans qu’ils convoient ensemble du bétail dans les grandes plaines du Midwest, mais leur relation se dégrade quand George épouse Rose (Kirsten Dunst), une veuve de la région qui tient une petite auberge. Phil ne supporte surtout pas Pete (Kodi Smit-McPhee), le fils, précieux et efféminé, de cette dernière…

L’histoire a beau se dérouler après la Première Guerre mondiale, rien ne semble avoir réellement changé depuis l’époque des pionniers dans ce coin reculé des États-Unis. La voiture a bien fait son apparition mais, pour le reste, la vie semble encore se dérouler comme à la fin du XIXe siècle, au sein d’une société profondément machiste.

Étude de la masculinité nocive

C’est là le cœur du film de Jane Campion, qui délaisse pour une fois les personnages féminins pour s’intéresser à la masculinité nocive dans l’Ouest américain. Mais elle le fait avec beaucoup de finesse, déjouant progressivement les apparences pour creuser au plus profond de la psyché et du mal-être de ses personnages. Où aucun ne se résume à l’image qu’il semble donner de lui. Ni le cow-boy viril et méprisant, ni le frère raffiné, ni la gentille veuve ou l’étudiant sage.

Magnifiquement mis en images - de grandioses paysages néo-zélandais figurant le Montana -, The Power of the Dog est un western de toute beauté, mais qui vibre de l'intérieur. Un peu à la manière de Brokeback Mountain d'Ang Lee (Lion d'or 2005). Les thèmes abordés par Jane Campion sont d'ailleurs assez similaires, mais son film est sous-tendu par une forme de mystère, de cruauté et de perversité - soulignés par la superbe bande originale de Jonny Greenwood (membre du groupe Radiohead).

Cumberbatch, loin du Dr Strange

Et quel bonheur d'enfin retrouver Benedict Cumberbatch dans un grand rôle! Devenu l'une des stars iconiques du MCU (Marvel Cinematic Universe) dans les habits du Dr Strange (que l'on reverra en action le 15/12 dans Spider-Man : No Way Home), l'acteur britannique sort ici de sa zone de confort, dans le rôle d'un cow-boy dont la dureté et la cruauté cachent des sentiments plus complexes, que la société lui impose de refouler.

Face à lui, Jesse Plemons (vu récemment dans The Irishman de Scorsese, Judas and the Black Messiah ou Antlers ) est à la hauteur, tout comme Kirsten Dunst. Marquée physiquement par les épreuves de la vie, l'ex-Marie Antoinette de Sofia Coppola se sert de celles-ci pour camper cette femme alcoolique, ayant dû apprendre à survivre au cœur d'une société patriarcale jusqu'à la caricature, celle de l'Ouest américain. Laquelle n'est pas sans rappeler celle de la Nouvelle-Zélande du milieu du XIXe siècle dans La Leçon de piano

(*) Le film sera disponible pour les abonnés de Netflix le 1er décembre.

The Power of the Dog / Le Pouvoir du chien Western tardif Scénario & réalisation Jane Campion (d'après le roman de Thomas Savage) Photographie Ari Wegner Musique Jonny Greenwood Avec Benedict Cumberbatch, Jesse Plemons, Kirsten Dunst, Kodi Smit-McPhee, Thomasin McKenzie… Durée 2h05.