"Bergman Island": une charmante visite guidée de l’île de Färo

Tony (Tim Roth), cinéaste anglais renommé, et sa jeune compagne Chris (Vicky Krieps), également réalisatrice, débarquent sur l’île de Farö, où la Fondation Bergman leur a accordé une résidence d’artistes, sur les lieux mêmes filmés par le maître suédois.

Si Tony avance bien sur son scénario, Chris, intimidée par les fantômes écrasants du grand Ingmar, cale un peu dans son histoire. Sur cette île de Farö, elle imagine les retrouvailles entre deux anciens amants, Amy (Mia Wasikowska) et Josep (Anders Danielsen Lie), réunis à l’occasion du mariage d’une amie commune…

Mise en abîme au carré

La dimension biographique de l'œuvre de Mia Hansen-Løve est très importante. La jeune cinéaste française s'est souvent inspirée de sa propre vie ( Un amour de jeunesse en 2011) ou de celle de ses proches, que ce soit sa mère ( L'Avenir en 2016) ou son frère ( Eden en 2014). Présenté en Compétition à Cannes en juillet dernier, son nouveau film n'échappe pas à la règle.

Derrière le couple de cinéastes de Bergman Island, difficile de ne pas voir l'ombre de celui qu'elle forma, jusqu'en 2016, avec Olivier Assayas… Tandis qu'elle s'inspire clairement de ses nombreux séjours, depuis 2015, à Farö, au milieu de la mer Baltique. L'île où Ingmar Bergman tourna quelques-uns de ses plus grands films (dont Persona en 1966 et Scènes de la vie conjugale en 1972), où il résida jusqu'à la fin de sa vie en 2007 et où il est enterré aux côtés d'Ingrid, la dernière de ses cinq épouses.

Avec une certaine grâce, la cinéaste française met ainsi en scène ses longues promenades dans l’île, sur les traces de Bergman, un cinéaste qui la fascine, mais dont elle peut aussi heureusement se moquer. Ou en tout cas moquer le culte qui l’entoure en ces lieux reculés.

Mais Mia Hansen-Løve brouille les pistes et dédouble la mise en abîme, en racontant deux histoires de deux jeunes femmes séjournant à Farö : son héroïne et celle que cette dernière imagine dans le scénario qu'elle est en train d'écrire. À l'écran, les alter ego de la cinéaste sont incarnés par deux actrices frêles et fragiles, qui lui ressemblent : la Luxembourgeoise Vicky Krieps (découverte menant Daniel Day-Lewis par le bout du nez dans Phantom Thread de Paul Thomas Anderson et revue récemment dans Serre-moi fort de Mathieu Amalric) et l'Australienne Mia Wasikowska, plus discrète ces dernières années, après ses débuts en fanfare en Alice aux Pays des Merveilles pour Tim Burton.

Angoisse de la page blanche

Ce que met en scène Hansen-Løve, c'est sa propre difficulté à écrire, sa propre peur de la page blanche. Avec Bergman Island, elle signe en effet un film sur la création artistique, sur la façon dont on s'inspire de ce que l'on vit, de ce que l'on observe, des gens qui nous entourent. Ccomme le faisait d'ailleurs Assayas dans Doubles vies en 2018. Malheureusement, comme son héroïne, la cinéaste française semble manquer un peu d'inspiration. Notamment avec ce recours, un peu facile, au film dans le film, où finit par se brouiller la frontière entre réel et réalité…

Bergman Island Comédie dramatique Scénario & réalisation Mia Hansen-Løve Musique Raphaël Hamburger Avec Vicky Krieps, Tim Roth, Mia Wasikowska, Anders Danielsen Lie… Durée 1h52.

"Bergman Island": une charmante visite guidée de l’île de Färo
©D.R.