"De son vivant": un mélo assumé sur la fin de vie

Après "La fille de Brest", Emmanuelle Bercot poursuit dans la veine médicale avec un mélo assumé sur la fin de vie.

Au terme de plusieurs examens, Benjamin (Benoît Magimel) apprend qu’il est atteint d’un cancer incurable. Après une phase de déni, ce professeur d’art dramatique affronte la réalité de l’accompagnement thérapeutique avec sa mère (Catherine Deneuve), qui vit la situation avec difficulté.

Après La fille de Brest (2016), sur le scandale du Mediator, Emmanuelle Bercot poursuit dans la veine médicale, mais sur une tonalité qui cherche la lumière dans le drame. Tourné en 2019, le film évoque par son titre un ouvrage paru en 2020, Mourir de son vivant, de Dominique Sanlaville, qui traite du même sujet.

Le film, à travers son personnage principal, pose des questions que bien des personnes confrontées à la perspective de leur mort se posent. Que laisse-t-on derrière soi ? A-t-on assez ou bien vécu ? Il interroge aussi la pratique médicale et l’accompagnement de fin de vie, porté ici par un médecin d’une remarquable sincérité et humanité.

Dans ce sombre tableau, la lumière est incarnée par Gabriel Sara, authentique cancérologue réputé. Dans le rôle du docteur Eddé, il joue pratiquement son propre rôle, médecin philosophe et psychologue, qui trouve les mots justes pour soutenir son patient et la mère de ce dernier.

Entre deux eaux

Dans le cas de la fiction du film, le trait est parfois un peu forcé. Au point qu’on peine dans un premier temps à éprouver quelque compassion pour cet homme si solitaire, si renfermé et si peu sympathique. De même, sa mère est une boule de narcissisme un peu égoïste. On pourra être agacé par la surenchère mélodramatique (l’histoire du fils caché, la romance avec la jolie assistante jouée par Cécile de France…). Ou succomber à ces choix assumés de la réalisatrice.

De son vivant surfe entre deux eaux : à une fiction surécrite, voire parfois surinterprétée, pour le cœur dramatique du récit et un quasi-cinéma vérité pour les séances de catharsis du docteur Sara avec les soignants ou les patients ou celles de Magimel avec ses apprentis comédiens. L'émotion transpire plus dans les deux dernières catégories que dans la première. La fiction ne dépasse pas toujours la réalité…

D'autant que la question de la place de la mort dans notre société et de la fin de vie est revenue à l'avant-plan. Après deux années de pandémie, les expériences hospitalières extrêmes se sont multipliées pour bien des familles, parfois prématurément pour les proches, comme dans ce film. Certains trouveront dans l'ordalie de Benjamin et de sa mère des échos de leur vécu. (Victime d'un AVC pendant le tournage du film, Catherine Deneuve a avoué voir désormais "les choses très différemment…".) Selon leur sensibilité propre, ils pourront trouver dans De son vivant un excès de pathos trivial ou, à l'inverse, un salutaire hymne à la vie. Sous le conte en demi-teinte, affleure la sincérité de l'auteure. C'est déjà ça.

De son vivant Mélo médical De Emmanuelle Bercot Scénario Emmanuelle Bercot et Marcia Romano Avec Benoît Magimel, Catherine Deneuve, Gabriel Sara, Cécile de France… Durée 2 h.

"De son vivant": un mélo assumé sur la fin de vie
©D.R.