"La Main de Dieu": voir un cinéaste réussir à transformer son histoire personnelle en un récit purement cinématographique est passionnant…

Paolo Sorrentino renoue avec ses origines napolitaines, dans un film autobiographique drôle et émouvant produit par Netflix. Grand Prix du jury à Venise.

"La Main de Dieu": voir un cinéaste réussir à transformer son histoire personnelle en un récit purement cinématographique est passionnant…

Dévoilé en septembre dernier en Compétition de la 78e Mostra de Venise, La Main de Dieu marque une forme de retour aux sources pour Paolo Sorrentino. Dans son neuvième long métrage, le premier ouvertement autobiographique, l'Italien retrouve évidemment son comédien fétiche Toni Servillo, qui l'accompagne depuis ses débuts (des Conséquences de l'amour à Loro , en passant par Il divo ), mais aussi Naples, sa ville natale, qu'il n'avait plus filmée depuis L'uomo di più en 2001. À 50 ans, le réalisateur revient en effet à ses racines, avec une histoire dramatique inspirée de sa jeunesse dans les années 80.

Durant l’été 1984, on suit le destin de Fabietto Schisa (Filippo Scotti, Prix du meilleur espoir à Venise). À 17 ans, le jeune homme vit avec ses parents (Toni Servillo et Teresa Saponangelo), son grand frère et sa sœur dans un quartier populaire de Naples. Entre les voisins (dont une vieille baronne aigrie) et une famille haute en couleur, Fabio n’a pas le temps de s’ennuyer ou de réfléchir à son avenir. Ce qui le préoccupe surtout, ce sont les rumeurs de l’arrivée de Maradona au FC Naples. Mais le destin, tragique, va frapper à sa porte…

Du rire aux larmes

Dès le sublime plan d'ouverture aérien sur la baie de Naples et la découverte de San Gennaro roulant dans une vieille Rolls et du mystérieux Monaciello (le petit moine), on plonge dans l'imaginaire de Sorrentino. Si, en 2013, La Grande bellezza était son hommage romain et intello à La Dolce Vita de Fellini (dont on croise ici le fantôme), La Main de Dieu débute comme une comédie napolitaine, par le portrait d'une grande famille aux personnages excentriques, entre les oncles, les tantes et la grand-mère, "la femme la plus méchante de Naples".

Pourtant, quand, lors d’une scène magnifique, surgit le drame (auquel échappe le héros grâce à Maradona), le film bascule. Sorrentino change radicalement de registre pour aller vers une forme d’épure et un refus de l’ironie auxquels il ne nous avait pas habitués. C’est là la force de cette production Netflix (*): réussir à passer du rire aux larmes, de capturer la vie dans toutes ses dimensions.

L’accession au cinéma

À travers Fabio, son double à l’écran, c’est aussi son accession au cinéma que nous raconte Sorrentino. Hanté par la figure de grands cinéastes italiens (Fellini, Zeffirelli, Rossellini, Leone et surtout le Napolitain Antonio Capuano, qui fut son mentor), le réalisateur nous explique d’où lui vient ce goût pour un cinéma conçu comme une échappatoire à une vie trop douloureuse, pour en imaginer d’autres, plus colorées, plus belles. Et où l’on comprend ce goût de Sorrentino pour le style, le baroque, l’imaginaire…

Au-delà de cette évocation très personnelle, La Main de Dieu est d'abord le portrait émouvant d'un jeune homme, à travers ses aspirations, ses premiers émois amoureux face à sa pulpeuse zia Patrizia (Luisa Ranieri), indissociables du folklore de cette ville plantée face au Vésuve qu'il est impossible de quitter. Même si, pour mieux y revenir, il faut parfois passer par Rome… Soit le parcours de Sorrentino, qui aura attendu 20 ans avant de revenir sur la tragédie qui a marqué sa jeunesse et changé sa vie. Voir un cinéaste réussir à transformer son histoire personnelle en un récit purement cinématographique est passionnant…

La Main de Dieu/È stata la mano di Dio Tragicomédie Scénario & réalisation Paolo Sorrentino Musique Lele Marchitelli Avec Filippo Scotti, Toni Servillo… Durée 2h09.

(*) Mise en ligne sur Netflix le 15/12.

"La Main de Dieu": voir un cinéaste réussir à transformer son histoire personnelle en un récit purement cinématographique est passionnant…
©D.R.