"La pièce rapportée": un portrait désopilant des ultra-riches à la française

Anaïs Demoustier et Josiane Balasko s’affrontent dans une comédie moins légère qu’il n’y paraît.

Vieux garçon de 45 ans, Paul Château-Têtard, comme les ascenseurs du même nom (Philippe Katerine), a réussi, depuis 20 ans, à échapper à toutes les riches héritières qu’a essayé de lui refourguer sa mère Adélaïde (Josiane Balasko), coincée dans un fauteuil roulant depuis un malencontreux accident de chasse. Tous deux vivent dans un luxueux hôtel particulier du 16e arrondissement.

Un jour, "pris en otage" par la grève des taxis alors qu'il doit se rendre à l'aéroport, Paul se voit contraint de prendre le métro pour la première fois de sa vie. S'il rate son avion, il embarque avec lui Ava (Anaïs Demoustier), jolie guichetière de la RATP qui accepte illico d'épouser cet homme doux, peu porté sur la chose et surtout très riche, qui lui offre ainsi une totale liberté financière. Mais ce mariage n'est pas au goût de la "Reine mère", qui voit d'un mauvais œil l'arrivée de cette gueuse au sein de la famille. "Et si elle avait le gène de pauvreté ?", s'inquiète-t-elle auprès de son médecin… Pour tromper son ennui, Ava se promène dans Paris et rencontre Jérome (William Lebghil), qu'elle séduit d'un seul regard. Sûre de l'infidélité de sa belle-fille, Adélaïde Château-Têtard engage un détective privé pour la faire suivre…

Pétillant comme du Godard

Très drôle, inventif, joliment référencé, La Pièce rapportée apporte une bouffée d'air frais dans le paysage dévasté de la comédie française. Découvert avec La Fille du 14 juillet à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2013, Antonin Peretjatko fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes français soutenus par Les Cahiers du cinéma. On le comprend. Il y a en effet chez cet ancien chef opérateur un vrai goût de la mise en scène, du jeu, une volonté de croire en la toute-puissance du cinéma pour raconter des histoires.

Par sa vivacité, sa narration toujours ludique (jeu sur les voix off, le montage, la musique…), La Pièce rapportée est un vrai hommage au cinéma des débuts de Godard, couplé à un vent de folie totalement burlesque lorgnant vers les comédies populaires françaises des années 60 et 70 (de de Funès à Pierre Richard). Et la sauce est parfaitement savoureuse, tant on rit des trouvailles d'Antonin Peretjatko et du ton complètement décalé d'une comédie légère, mais pas que.

Satire des ultra-riches

Tout comme sa Loi de la jungle en 2016 était une satire du monde du travail, La Pièce rapportée met en scène avec fantaisie la lutte des classes. Assumant totalement la caricature, Peretjatko dresse un portrait désopilant des ultra-riches à la française, qui débouchent le champagne à l'annonce de la suppression de l'ISF par Macron, pour se dépêcher de faire "ruisseler" leur argent en achats inutiles. Et il se moque avec finesse du cliché des riches épouses trompant leur ennui auprès de leur amant…

Mais si le vaudeville fonctionne si bien, c’est grâce à un casting aux petits oignons. Toujours aussi craquante, Anaïs Demoustier mène joliment sa barque en fausse naïve face à l’intransigeante Josiane Balasko - qui se régale dans le rôle de la marâtre richissime - et face à un Philippe Katerine toujours aussi lunaire. Tous contribuent à rendre délectable cette comédie d’à peine une heure et demie, pétillante comme du champagne et délicieusement rétro.

La Pièce rapportée Comédie burlesque Scénario & réalisation Antonin Peretjatko (d'après une nouvelle de Noëlle Renaude Il faut un héritier) Musique Mathieu Lamboley Avec Anaïs Demoustier, Philippe Katerine, Josiane Balasko, William Lebghil, Sergi Lopez… Durée 1h26.

"La pièce rapportée": un portrait désopilant des ultra-riches à la française
©D.R.