"Les choses humaines": l'adaptation du roman de Karine Tuil laisse une impression étrange…

Adaptant le roman de Karine Tuil, Yvan Attal signe un drame judiciaire d’une ambiguïté malsaine sur le thème du consentement.

Comment connaître la vérité dans une affaire de viol où, sans preuve matérielle, ne reste que la parole de la victime contre celle de l'accusé ? En 2019, Karine Tuil décrochait le prix Interalliés en abordant ce sujet délicat dans Les Choses humaines . Deux ans plus tard, Yvan Attal porte sur grand écran ce roman inspiré d'un fait divers s'étant déroulé sur le campus d'une grande université américaine.

Alex (Ben Attal) revient de Stanford, où il fait de brillantes études, pour assister à la cérémonie de remise de la Légion d’honneur de son père Jean Farel (Pierre Arditi), présentateur influent d’une grande émission politique. Lequel ne trouve même pas le temps de voir son fils, trop occupé à glisser dans son lit sa jolie stagiaire. Alex va donc manger avec sa mère, Claire, une essayiste féministe à succès (Charlotte Gainsbourg), qui a refait sa vie avec un professeur de littérature (Mathieu Kassovitz). Au dîner, il rencontre la fille de ce dernier, Mila (Suzanne Jouannet). À 17 ans, elle rêve de partir à New York pour étudier la réalisation. Claire pousse donc son fils à emmener la jeune fille à la soirée à laquelle il doit se rendre, pour qu’ils fassent plus ample connaissance…

Le lendemain matin, la police débarque dans le luxueux appartement de Jean Farel : Alex est accusé de viol. Placé en garde à vue, le jeune homme reçoit la visite de son avocat commis d’office (Benjamin Lavernhe)…

La question du consentement

Adoptant successivement le point de vue d'Alex et celui de Mila, puis retraçant le procès, Les Choses humaines met en scène le destin brisé de deux jeunes gens : celui de ce jeune homme brillant et arrogant et celui d'une jeune Juive naïve, qui n'a pas sur dire "non" face à son agresseur… La question qu'aborde Yvan Attal dans son dernier film est en effet celle du consentement, si magnifiquement décrite par Vanessa Springora dans son livre homonyme en 2020. Mais, cherchant à se mettre à distance de toute forme de manichéisme, Les Choses humaines refuse de prendre parti pour l'un ou l'autre, laissant au spectateur le soin de se faire son opinion sur cette affaire. Au nom, non pas de la vérité, impossible à déterminer - les faits s'étant déroulés à huis clos dans un local à poubelles -, mais de la vérité judiciaire.

En cette période post-#MeToo, il faut une certaine dose de courage pour ne pas condamner d’emblée ce jeune homme de la très haute société française ayant sans doute imposé son désir masculin à une jeune fille pas réellement en état de s’y opposer.

Ce qui frappe dans le film, c’est le tropisme d’Attal vers l’accusé (campé, qui plus est, par son propre fils). Car s’il adopte les deux points de vue, c’est clairement celui de l’homme qui l’intéresse et qu’il défend. Notamment lors du procès, où il ne convoque à la barre que des témoignages de la défense, au nom du principe, essentiel, que le doute doit profiter à l’accusé… S’il prend évidemment bien soin de donner à l’avocate de la victime (Judith Chemla) le point de vue des femmes, son film laisse quand même une impression étrange… Celui d’une ambiguïté malsaine.

Les Choses humaines Drame Scénario & réalisation Yvan Attal Musique Mathieu Lamboley Avec Ben Attal, Charlotte Gainsbourg, Mathieu Kassovitz, Pierre Arditi, Judith Chemla, Benjamin Lavernhe… Durée 2h10.

"Les choses humaines": l'adaptation du roman de Karine Tuil laisse une impression étrange…
©D.R.