"Madres paralelas": un excellent Almodóvar

Le maître espagnol retrouve sa chère Penelope Cruz dans un thriller sur la mémoire.

Après y avoir dévoilé, en 2020, La Voix humaine, magnifique moyen métrage expérimental adapté de Cocteau avec Tilda Swinton, Pedro Almodóvar était de retour à la 78e Mostra de Venise en septembre dernier, où il faisait l'ouverture avec Madres paralelas.

Cent pour cent almodovarien, ce mélodrame teinté d'ironie et tirant vers le thriller (notamment grâce à la partition de son fidèle Alberto Iglesias) donne à nouveau le premier rôle à une femme : Penélope Cruz, qu'Almodóvar filme pour la huitième fois depuis En chair et en os en 1997.

La star espagnole campe Janis, une photographe de mode qui se retrouve, par accident, enceinte d’Arturo (Israel Elejalde), l’archéologue avec lequel elle travaille sur un projet très personnel. Elle souhaite faire fouiller la fosse commune où est enterré son arrière-grand-père, l’une des nombreuses victimes des troupes franquistes dans son village natal. À la maternité, Janis partage la chambre d’Ana (Milena Smit), très jeune fille qui accouche en même temps qu’elle et qui ne peut pas vraiment compter sur sa mère (Aitana Sánchez-Gijón), comédienne vieillissante qui vient enfin de décrocher un grand rôle au théâtre… Mères célibataires, Janis et Ana reprennent le cours de leur vie. Même si, sans qu’elles le sachent, le destin a uni à jamais ces "mères parallèles"… Il les forcera à se retrouver, même si c’est au prix d’un mensonge duquel Janis a de plus en plus de mal de se dépêtrer.

Déterrer le passé franquiste

Avec ce 24e long métrage, Almodóvar creuse littéralement l’Histoire de son pays, en articulant celle-ci à la question de la mémoire personnelle et de l’héritage. Si le thème est sérieux, si le destin de ses personnages est mélodramatique, le style de l’Espagnol n’a pas changé, pas plus que les thèmes abordés (filiation, homosexualité, émancipation féminine, monde du théâtre…), la rigueur de la construction, la grande liberté de la mise en scène et la capacité à teinter le drame de légèreté.

Toujours aussi baroque, Almodóvar croque des portraits pleins d'ironie, sans pour autant moquer ses personnages, adoptant un ton a priori léger pour ausculter le passé espagnol et raviver une mémoire qui tend à s'estomper. Mais, comme le dit Janis : "Tant que l'on n'aura pas offert une sépulture à toutes les victimes du franquisme, la guerre ne sera pas finie."

Dans le rôle de cette mère sur le tard, Penélope Cruz est magnifique - elle a d’ailleurs remporté la Coupe Volpi de la meilleure actrice à Venise -, à la fois pétillante et tragique face à Milena Smit, jeune actrice espagnole peu connue qui fait ici des débuts en fanfare. Entre les deux comédiennes, qui campent deux générations de femmes et deux rapports au passé et au futur, se crée une réelle alchimie, qui contribue à rendre palpable le drame qui les relie.

Sans atteindre la puissance de Tout sur ma mère , Parle avec elle ou, plus récemment, Douleur et gloire , Madres paralelas n'en reste pas moins un excellent Almodóvar. Un film qui continue de démontrer la cohérence de la filmographie de l'un des plus grands cinéastes de sa génération. Lequel paraît, à 71 ans, toujours aussi jeune.

Madres paralelas Mélodrame Scénario & réalisation Pedro Almodóvar Photographie José Luis Alcaine Musique Alberto Iglesias Avec Penélope Cruz, Milena Smit, Aitana Sánchez-Gijón, Rossy de Palma… Durée 2h03.

"Madres paralelas": un excellent Almodóvar
©D.R.