"Sabaya" : des hommes et des femmes risquent leur vie pour sauver des femmes esclaves de Daesh

"Sabaya" : des hommes et des femmes risquent leur vie pour sauver des femmes esclaves de Daesh
©D.R.

À le voir couché sur son tapis, un café et une cigarette à la main, on pourrait croire que Mahmud profite de la vie auprès de sa mère, sa femme et ses enfants. Mais la tension des allées et venues dans la cour, la colère de sa femme, les mises en garde de ses partenaires soulignent bien l’enjeu et les risques encourus. Tout comme les panneaux, remplis de photos de filles et de femmes disparues, qui s’étalent dans le bureau du Centre où il travaille.

Les hommes du Centre Yézidi passent en effet le plus clair de leur nuit sur les routes qui mènent au camp Al-Hol, où 73 000 soutiens de Daesh sont gardés par les forces kurdes en Syrie. Parmi les hommes et les femmes sympathisants de l'État islamique sont cachées des femmes et des fillettes yézidies, retenues contre leur gré et "utilisées" comme esclaves sexuelles et domestiques par les combattants d'Isis. D'où leur surnom de Sabaya… Le Centre représente le dernier espoir de retrouver la trace de ces filles kidnappées le plus souvent à l'adolescence, mais parfois plus jeunes encore.

La stratégie de ce petit groupe repose sur un double réseau : celui de femmes yézidies infiltrées, qui repèrent leurs compatriotes, retenues prisonnières dans le dédale des tentes du camp, et le réseau extérieur, au sein duquel s’activent des hommes comme Mahmud et Ziyad qui interviennent de nuit, fouillant les tentes que leurs comparses - entièrement voilées pour passer inaperçues - ont pu localiser dans le camp.

Ce film sans commentaire, ni voix off, suit le lent travail de repérage des infiltrées yézidies, travail rythmé par des discussions téléphoniques souvent de mauvaise qualité. On assiste aussi, en caméra discrète, à une partie du travail de préparation d’exfiltrations, presque toujours nocturnes, suivies ou non de courses-poursuites.

Plus de 2 000 femmes disparues

En immersion dans le mini-bus de Mahmud, dans sa maison auprès de sa femme et de ses filles mais aussi des femmes qu’il a recueillies, ou dans le bureau où se planifie chaque opération, on reste sidéré face à l’importance de l’enjeu et à la modestie des moyens dont ces hommes disposent pour mener leur mission à bien. On comprend aussi très vite à quel point le moindre faux pas pourrait leur être fatal et ruiner les derniers espoirs de plus de 2000 femmes et presque autant de familles sans nouvelles de leurs épouses, filles ou sœurs…

Réalisé et monté par Hogir Hirori, Kurde réfugié en Suède, ce documentaire a connu sa première projection au Sundance Film Festival 2021. Il rappelle le drame auquel sont confrontées les femmes et les minorités non musulmanes dans les territoires où s’impose Isis.

Sabaya Témoin De Hogir Hirori Durée 1h30.

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