"There is No Evil": un film fort et courageux, qui s’attaque de front à la peine de mort en Iran

Mohammad Rasoulof livre un drame poignant sur la peine de mort dans son pays. Ours d’or.

L'une des images fortes de la Berlinale en février 2020 fut celle d'une chaise vide durant la conférence de presse de There is No Evil, celle de Mohammad Rasoulof. Condamné à un an de prison en juillet 2019 pour propagande contre le régime iranien, le cinéaste n'avait en effet pas pu quitter le pays pour présenter son dernier film à Berlin. Quelques jours plus tard, c'est donc en son absence que lui était attribué l'Ours d'or (reçu par sa fille et actrice Baran Rasoulof). Comme ce fut déjà le cas pour Jafar Panahi en 2015, quand Taxi Téhéran avait remporté le premier prix berlinois.

Les deux cinéastes sont proches. Rasoulof avait en effet été arrêté en 2010, alors qu'il coréalisait un film avec Panahi, condamné à un an de prison et à une interdiction de tourner. Pourtant, comme son collègue, Rasoulof a continué à faire du cinéma, présentant notamment en 2017 à Cannes Un homme intègre, polar dénonçant la corruption qui gangrène toute la société iranienne. Dès son retour en Iran, les autorités lui avaient confisqué son passeport, qu'il n'a jamais récupéré depuis.

Contourner la censure

Portrait d'un brave homme et d'une famille idéale dans Le diable n'existe pas. Détresse d'un jeune homme faisant son service militaire au sein d'une prison dans Elle a dit : "Tu peux le faire". Retrouvailles à la campagne d'un jeune appelé et de sa fiancée dans Anniversaire. Séjour d'une jeune fille, venue d'Allemagne, chez son oncle malade, un médecin reconverti en apiculteur dans un village du désert, dans Embrasse-moi. There is No Evil est composé de quatre histoires non connectées, mais qui résonnent entre elles. Toutes mettent en effet en scène la peine de mort en Iran et les choix moraux individuels face à celle-ci.

Cette structure, Rasoulof l’a choisie en fonction de ses contraintes. Ne pouvant théoriquement plus tourner, le cinéaste a construit son film comme un collage de quatre courts métrages. Et il a déposé quatre demandes de permis de tournage sans son nom, pour quatre films censés être réalisés par quatre réalisateurs différents. Une façon de berner la censure iranienne, moins attentive aux courts métrages qu’aux longs…

Le résultat est un film d'une grande cohérence, tant d'un point de vue thématique que formel. Un film fort et courageux, qui s'attaque de front à la peine de mort. Un cri de liberté poignant, contre la terreur que font peser les mollahs sur le peuple iranien. Plus profondément, There is No Evil dénonce avec conviction la façon dont le totalitarisme iranien s'insère jusqu'aux tréfonds de l'intimité des êtres, les empêchant de laisser parler leur cœur et leur humanité. Au risque d'en payer, comme Mohammad Rasoulof, le prix fort…

There is No Evil / Le diable n'existe pas Drame Scénario & réalisation Mohammad Rasoulof Photographie Ashkan Ashkani Musique Amir Molookpour Avec Kaveh Ahangar, Mahtab Servati, Alireza Zareparast, Shaghayegh Shoorian, Baran Rasoulof… Durée 2h30.

"There is No Evil": un film fort et courageux, qui s’attaque de front à la peine de mort en Iran
©D.R.


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