Kristen Stewart en Lady Di: que vaut le film "Spencer" ?

En septembre dernier, Kristen Stewart était très attendue sur le tapis rouge de la Mostra de Venise, où elle venait défendre Spencer, le nouveau film de Pablo Larraín, dans lequel elle se glisse dans la peau de la princesse Diana. Comme dans le très sombre Jackie en 2016, qui suivait Jackie Kennedy au lendemain de l'assassinat de JFK, le cinéaste chilien revisite ici le destin d'une figure historique tragique.

Spencer se déroule durant le réveillon de Noël 1991, lors de la traditionnelle réunion de la famille royale britannique à la Sandringham House, dans le village natal de Diana Spencer, dans le Norfolk. La jeune femme arrive seule à bord de sa Porsche… après la reine Elizabeth (Stella Gonet). Elle est directement prise en charge par le major Alistair Gregory (Timothy Spall), chargé de la sécurité au château.

Une vie sous contrôle

Diana a de plus en plus de mal à supporter que son existence soit entièrement régentée par le protocole, jusqu’au choix des robes qu’elle devra porter en chaque occasion : dîner du réveillon, petit-déjeuner du 25 décembre, messe de Noël… Sa seule consolation ? Passer un peu de temps avec ses deux fils et avec sa femme de chambre et confidente (Sally Hawkins). Mais dans sa tête, la jeune femme ne songe qu’à une chose : fuir la famille Windsor pour vivre sa propre existence. Ce qu’elle fera en se séparant officiellement du prince Charles en décembre 1992…

Dans Spencer, Pablo Larraín recrée avec force détails le quotidien à Sandringham. La séquence d'ouverture est à ce titre géniale. Le cinéaste met en scène l'arrivée d'un convoi militaire, chargé de s'assurer que tout est en ordre côté sécurité, mais aussi d'amener les malles métalliques emplies de victuailles pour le week-end : fruits, homards, viandes… Lorsqu'ils quittent les cuisines, les militaires croisent dans la cour une autre brigade, celle des cuisiniers, qui s'assureront que la famille royale ne manque de rien. En quelques minutes, Larraín résume l'ambiance de total contrôle dans laquelle vont se dérouler ces "fêtes" de Noël en famille. Affichée au-dessus du plan de travail, une devise : "Faites un minimum de bruit. Ils peuvent nous entendre."

C’est justement cette pression, cette attention à chaque geste, à chaque parole, que la princesse Diana ne supporte plus, même si elle tente de faire bonne figure au dîner et sur les portraits officiels. Mais quand Charles lui offre le même collier de perles qu’à sa maîtresse Camilla Parker Bowles, la jeune femme craque et glisse vers la folie…

Fable historique

Son film, Pablo Larraín l'ouvre sur un carton : "Une fable tirée d'une tragédie réelle". Il s'offre dès lors une totale liberté vis-à-vis de ce qui s'est réellement passé ce Noël-là entre les murs de la Sandringham House. C'est malheureusement ce qui déforce un peu son film, toujours tiraillé entre le réalisme et un côté onirique. Où il convoque notamment assez poussivement le fantôme d'Anne Bolleyn, cette reine à qui son mari Henri VIII fit trancher la tête car il en aimait une autre, dans laquelle se reconnaît Diana… De son côté, Kristen Stewart se glisse avec grâce dans les robes corsetées de celle-ci. Mais si elle campe avec conviction cette femme profondément malheureuse en quête liberté, elle reste toujours dans le registre attendu.

Dans ce registre de la fable historique, le Grec Yórgos Lánthimos se montrait plus libre et inventif avec The Favourite , qui mettait en scène la folie de la reine Anne (campée par Olivia Colman). Trop sage, malgré sa mise en scène brillante et ses dialogues ciselés, Spencer se contente finalement à mettre en scène les doutes et les aspirations d'une pauvre petite fille riche… Larraín était nettement plus inspiré dans sa relecture de la figure de Jackie Kennedy (brillamment campée par Natalie Portman), en s'interrogeant sur l'écriture de l'Histoire et de l'image que l'épouse de JFK a voulu laisser. Son héroïne est au contraire ici tout le temps passive, simple jouet de la famille de son mari ou de la presse à scandale, condamnée à ne jamais pouvoir redevenir Diana Spencer…

Spencer Biopic glacé De Pablo Larraín Scénario Steven Knight Musique Jonny Greenwood Montage Sebastián Sepúlveda Avec Kristen Stewart, Timothy Spall, Sean Harris, Sally Hawkins, Jack Farthing… Durée 1 h 51.

Kristen Stewart en Lady Di: que vaut le film "Spencer" ?
©D.R.