"The Lost Daughter": le sujet est très intéressant, douloureux même, mais Maggie Gyllenhaal ne parvient pas à en faire quelque chose de vibrant

Maggie Gyllenhaal accouche d’une adaptation bancale d’un roman d’Elena Ferrante.

Pour ses débuts derrière la caméra, Maggie Gyllenhaal a choisi de porter à l'écran La figlia oscura (Poupée volée), l'un des premiers romans de la mystérieuse Elena Ferrante, l'autrice italienne (à moins qu'il ne s'agisse d'un auteur ?) du best-seller international L'Amie prodigieuse.

Mère de deux petites filles, comme son héroïne (campée à deux époques de sa vie par Olivia Colman et Jessie Buckley), l'Américaine a forcément été sensible à cette histoire mettant en scène une jeune femme ne parvenant pas à concilier son rôle de mère avec une activité professionnelle et sa liberté de femme. Le résultat est malheureusement plutôt décevant de la part d'une actrice pourtant exigeante, que l'on avait découverte dans Donnie Darko, avant de la revoir dans The Dark Knight ou Le Sourire de Mona Lisa.

Vacances en Grèce

Le film s’ouvre par l’arrivée de Leda (Olivia Colman) dans une petite île de Grèce (et non plus en Italie, comme dans le roman). Professeure de littérature comparée à Cambridge, près de Boston, elle a loué un appartement pour les vacances, où elle est accueillie par Lyle (Ed Harris). Elle passe ses journées à potasser ses bouquins sur la plage. Là, elle est intriguée par la belle Nina (Dakota Johnson) et sa petite fille, Américaines venues passer des vacances en famille dans leur pays d’origine. Une relation qui replonge Leda dans ses souvenirs de jeune mère, dépassée par le fait de devoir s’occuper de ses deux petites filles…

Le sujet - le renoncement à son rôle de mère - est très intéressant, douloureux même. Malheureusement, Maggie Gyllenhaal ne parvient pas à en faire quelque chose de vibrant. Que ce soit dans la situation au présent en Grèce ou dans les flashbacks sur le passé de traductrice de l’héroïne, elle peine à donner de la profondeur à son héroïne et à sa douleur.

Une mise en scène maladroite

En cause, une mise en scène qui se veut sans cesse allusive, mais en employant des procédés plutôt lourdauds, à coups de gros plans sur les visages défaits, de situations équivoques ou en tentant de faire monter artificiellement une tension dramatique autour de cette famille greco-américaine, dont elle ne fait finalement pas grand-chose. Sans compter quelques scènes pseudo-intellos embarrassantes à base de name dropping de grands penseurs français (de Bourdieu à Ricœur, en passant par Camus), qui tombent comme un cheveu dans la soupe. Tandis qu'on se demande pourquoi Gyllenhaal situe l'action dans une Grèce de carte postale, où tout le monde parle un parfait anglais… Même la formidable Olivia Colman (oscarisée pour The Favourite , puis revue en reine Elisabeth dans la série The Crown et face à Anthony Hopkins dans The Father ) ne semble pas réellement saisir ce personnage aux comportements erratiques, dont la douleur finit par sonner faux…

The Lost Daughter Drame Scénario & réalisation Maggie Gyllenhaal (d'après Poupée volée d'Elena Ferrante) Avec Olivia Colman, Dakota Johnson, Jessie Buckley, Ed Harris… Durée 2h01.

"The Lost Daughter": le sujet est très intéressant, douloureux même, mais Maggie Gyllenhaal ne parvient pas à en faire quelque chose de vibrant
©D.R.


Mise en ligne sur Netflix le 31 décembre.

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