"Mica": un joli conte social où un gamin pauvre se prend de passion pour un sport réservé à l’élite

Tout le monde surnomme Saïd (Zakaria Inan) d’après le mot qui désigne les sacs en plastique qu’il vend chaque jour au souk.

Mica a bientôt dix ans et doit subvenir aux besoins de sa famille, son père étant très malade. On le confie à Hajj (Azelarab Kaghat), un vieil homme qui travaille comme homme à tout faire d’un club de tennis huppé de Casablanca.

L’enfant y apprend le travail à la dure. Il découvre aussi qu’il ne faut surtout pas s’adresser aux garçons de son âge qui viennent prendre des leçons au club. À leurs yeux, il n’est qu’un plouc, un "rat", un souffre-douleur…

Après avoir réparé une raquette, Mica se découvre une passion pour le tennis et attire l'attention de Sophia, l'entraîneuse du club, une ancienne championne de tennis et star locale (dans un rôle presque métaphorique, la trop rare Sabrina Ouazani découverte il y a près de vingt ans dans L'Esquive).

La croisée des destins traverse le cinéma d'Ismaël Ferroukhi : le rapprochement d'un fils occidentalisé et d'un père religieux sur la route de la Mecque dans Le Grand Voyage (Lion du Future pour un premier film à la Mostra de Venise en 2004) ; la prise de conscience d'un Algérien dans le Paris occupé dans Les hommes libres (2011).

Retour au Maroc contemporain ici, avec ce récit initiatique qui revisite la lutte des classes à l’aune de la stratification sociale marocaine - où l’élite s’exprime en français et, symboliquement, joue au tennis, marqueur supplémentaire d’une réalité sociale : un gosse y travaille pour survivre tandis que d’autres s’y entraînent en rêvant de compétition.

Mica doit supporter le mépris et les humiliations. Il est comme ces mésanges qu’il enferme dans une cage pour égayer un brin la sienne, misérable chambre dans la remise du club.

Le jeune Zakaria Inan porte sur son visage le mélange de détermination et de colère retenue de son personnage.

Ferroukhi recourt à des ressorts classiques. Si Sabrina Ouazani fait ici office de bonne fée qui va offrir sa chance au réprouvé, le réalisateur et sa coscénariste Fadette Drouard ont le bon sens d’éviter le happy end trop prévisible tout en offrant à Mica une première envolée.

Tout en rappelant que chacun doit avoir sa chance, ce joli conte social insiste aussi sur le fait que savoir la saisir n’est pas qu’une question d’opportunité mais également de caractère et de discipline.

Mica Conte social D' Ismaël Ferroukhi Scénario Ismaël Ferroukhi, Fadette Drouard Avec Zakaria Inan, Sabrina Ouazani, Azelarab Kaghat,… Durée 1h43.

"Mica": un joli conte social où un gamin pauvre se prend de passion pour un sport réservé à l’élite
©D.R.