"Un héros": un petit mensonge anodin va avoir des conséquences disproportionnées

Asghar Farhadi impressionne avec un drame profond, qui creuse à nouveau un dilemme moral pour éclairer la société iranienne.

Avec Un héros, Asghar Farhadi n'est pas passé loin de la Palme d'or à Cannes. S'inscrivant dans la directe lignée de ses films iraniens précédents - que ce soit Une séparation (qui avait révélé le cinéaste grâce à l'Ours d'or à Berlin en 2011) ou Le Client en 2016 -, ce nouveau drame psychologique s'impose pourtant comme un grand film, l'un des meilleurs du réalisateur.

Jamais aussi à l'aise que sur ses terres - qu'il retrouve après Everybody Knows avec Penélope Cruz et Javier Bardem en 2018 -, Farhadi inscrit son récit dans cette société iranienne qu'il connaît si intimement. Son film s'ouvre dans un chantier de fouilles archéologiques sur le site Naqsh-e Rostam à Shiraz, au nord de Persepolis, où débarque Rahim (Amir Jadidi). Incarcéré pour dettes, celui-ci a obtenu une permission de deux jours. Sa priorité : convaincre son créancier Braham d'accepter de le laisser sortir de prison. Pour ce faire, il promet de lui apporter une partie de l'argent en cash, tandis que son beau-frère Hossein (Alireza Jahandideh) est prêt à déposer des chèques en guise de caution pour le reste de la somme.

Cet argent tombé du ciel provient d’un sac contenant 17 pièces d’or, trouvé à un arrêt de bus par Farkhondeh (Rana Azadivar), la fiancée de Rahim. Mais au dernier moment, pris de remords, le jeune homme renonce à son projet. Il choisit au contraire de coller des annonces dans le quartier pour retrouver le propriétaire du sac et lui rendre le magot. Aux yeux du directeur de la prison et bientôt des médias, Rahim devient un "héros", un modèle à suivre pour tous les Iraniens. Cet acte désintéressé devrait lui faciliter une sortie de détention…

Apparente simplicité

Comme toujours chez Asghar Farhadi, tout semble simple au premier abord. Mettant à nouveau en scène un personnage se battant pour son honneur, Un héros se présente a priori comme un récit moral exemplaire. Sauf que l'on est chez un cinéaste qui cache, derrière la simplicité apparente, une vraie profondeur. Car l'on comprend rapidement que l'honnêteté du personnage risque de le perdre, plutôt que de le sauver, à mesure qu'il devient l'instrument de divers acteurs de la société iranienne : prison, médias, réseaux sociaux, association caritative, administration…

Sans avoir l’air d’y toucher, sans jouer de faciles rebondissements, le scénario, toujours aussi retors, trouve encore de nouvelles directions pour nous surprendre, pour creuser le dilemme dans lequel se retrouvent empêtrés ses personnages, prisonniers des codes d’une société où honneur et hypocrisie ont parfois tendance à se confondre. Un sentiment renforcé par le fait que Farhadi ne filme pas, cette fois, les rues de Téhéran, mais celle de Shiraz, une ville de province où l’on est plus attaché encore au qu’en-dira-t-on que dans la capitale.

Un héros ordinaire

Pris dans une suite d’événements que rien ne semble pouvoir arrêter - un petit mensonge anodin se révélant avoir des conséquences disproportionnées -, Brahim est un personnage tragique, avec lequel on entre directement en empathie. Un héros ordinaire à la Capra : l’homme simple dont l’honnêteté sera broyée par le système.

Farhadi se montre par ailleurs toujours aussi élégant dans la peinture d’un milieu social et dans les scènes de famille, notamment ces repas où, comme partout ailleurs, téléphones portables et tablettes ont envahi tout l’espace… Les réseaux sociaux sont en effet l’un des moteurs de ce nouveau grand drame farhadien.

Un héros Drame psychologique Scénario & réalisation Asghar Farhadi Avec Amir Jadidi, Mohsen Tanabandeh, Fereshteh Sadre Orafaiy… Durée 2h07.

"Un héros": un petit mensonge anodin va avoir des conséquences disproportionnées
©D.R.