"Tout était nouveau": des étudiants apprennent l'art du cinéma à Mossoul

Un département de cinéma a vu le jour à Mossoul avec l’Institut des Beaux-Arts, l’Unesco et le NTGent.

"Tout était nouveau": des étudiants apprennent l'art du cinéma à Mossoul
©BELGA
AFP

Une mariée escalade les décombres au milieu du Vieux Mossoul. "Action !" lance un étudiant irakien tout juste initié au cinéma dans l’ancien bastion djihadiste.

La métropole du nord de l’Irak, qui porte les stigmates de la guerre contre le groupe État islamique (EI) a vu naître un Département cinéma, fruit de la collaboration entre le NTGent, l’Unesco et l’Institut des Beaux-Arts mossouliote.

Suivant un cursus de quatre mois, les 19 étudiants et étudiantes ont pour la première fois écrit et réalisé neuf courts-métrages, accompagnés par des professeurs venus de Belgique ou encore d'Allemagne. "Écrire un scénario, jouer dans un film, faire le montage" : voilà les matières résumées par Milo Rau, directeur artistique du NTGent et initiateur du projet.

Montrer les tragédies à travers le cinéma

Caméra sur l’épaule, perche à micro à la main, ces jeunes tout juste sortis de l’adolescence ont arpenté les rues pour raconter les blessures de Mossoul et les maux de la société.

Avant le tournage, Mohammed Fawaz, 20 ans, revoit le maniement de la caméra et discute mise au point avec son professeur belge Daniel Demoustier. L'étudiant en théâtre rêve d'être acteur. Il découvre pour la première fois les coulisses du septième art. "J'aime le cinéma depuis longtemps", confie-t-il, citant parmi ses références les productions Marvel de super-héros américains, ou encore la saga Fast and Furious.

Avec l’arrivée de l’EI en 2014, il raconte quatre années passées sans télévision ni sorties, privé d’école. Il a alors appris l’anglais, grâce aux livres et aux cours informels d’un proche.

Son entrée aux Beaux-Arts, une fois les djihadistes défaits en 2017, c'est un peu "le passage de l'âge de pierre à la modernité". Lui et certains camarades ont déjà décidé de "faire des films sur Mossoul et sur la guerre", dit-il. "Nous vivons ici, on sait tout ce qui s'est passé, les tragédies. On veut montrer tout ça au monde à travers le cinéma."

Après un mois de cours intensifs en octobre, les élèves ont enchaîné les tournages, pratiquant à tour de rôle les différents métiers du cinéma, explique Daniel Demoustier, caméraman et réalisateur. L'équipement apporté pour la formation - caméra, objectifs, ordinateurs, sono - restera à Mossoul. "L'idée étant que les étudiants les réutiliseront et feront des films tout seuls. Si trois ou quatre d'entre eux réussissent, ce sera déjà un grand succès."

Vers un festival du film à Mossoul

"C'est ma première expérience en cinéma, tout était nouveau", confie Tamara Jamal, 19 ans. Dans son court-métrage, elle raconte le cauchemar d'une fillette dont le père bat sa mère.

Violences domestiques, mariage précoce, enfants des rues : "La plupart des étudiants racontent des histoires où les enfants tiennent le rôle principal", indique Susana Abdulmajid, actrice et enseignante irako-allemande, dont la famille est originaire de Mossoul. "Il y a une sorte de volonté de retourner vers l'enfance, vers un temps d'innocence."

En janvier les étudiants se mettront au montage. Leurs œuvres, allant jusqu’à cinq minutes, seront projetées à Mossoul avant d’être présentées dans des festivals européens, explique Milo Rau.

L'aventure irakienne du metteur en scène a commencé avec la pièce Oreste à Mossoul, adaptée de la tragédie grecque d'Eschyle, montée en 2018-2019 avec la participation d'étudiants de la ville.

L'objectif maintenant est de sécuriser des financements pour assurer la pérennité du Département cinéma. Prochaine étape : "créer avec des partenaires un petit festival du film de Mossoul".