"Mes frères et moi ": le réalisateur parvient à déjouer les clichés que l’on voit poindre ici ou là, pour mieux surprendre le public

Un premier long métrage lumineux sur les défis de quatre frères déshérités en bord de Méditerranée, confrontés à leurs rêves et au coma de leur mère.

C’est le début de l’été pour Nour et ses frères. Un été qui va encore cogner dur sur les têtes et les cœurs des habitants de ce quartier populaire situé en bord de mer. Sur la plage, les matchs de foot sont parfois le cadre de sévères bagarres d’ego car la situation est tendue à la maison, entre deals et petits boulots, et la fratrie ne s’accorde pas toujours sur les choix à faire pour rapporter de l’argent et s’occuper de Nour, le plus jeune des quatre enfants. Leur mère, dans le coma, vient d’entrer dans un programme de soins palliatifs. Chacun de ses fils veille sur elle et encaisse la nouvelle du mieux qu’il le peut.

Ainsi, chaque jour, Nour s’assure qu’elle puisse entendre la musique qu’elle aime : de grands airs d’opéra comme ceux que son mari lui chantait avant de mourir. Adolescent turbulent, Nour doit effectuer des Tig (Travaux d’intérêt général) dans un collège tout proche. Un jour, alors qu’il repeint le couloir, Nour entend un air connu s’élever d’une salle de classe voisine. Fasciné, il s’approche…

Un casting solaire, un parcours enthousiasmant

Le charisme du jeune Maël Rouin Berrandou (découvert dans Parents d'élèves de Noémie Saglio) illumine le premier long métrage de Yohan Manca. La force de son casting de frères imposants, solidaires et pourtant si différents - l'autoritaire Abel (Dali Benssalah vu dans Les Sauvages), Mo le dragueur professionnel (Sofian Khammes vu dans La Nuée) et Hedi, le roublard (l'explosif Moncef Farfar) portent ce récit d'apprentissage ancré aux limites du drame familial.

La prestation enthousiaste et quasi lunaire de Judith Chemla, en professeure de chant passionnée et exigeante, cisèle la rencontre du jeune Nour avec les joies et les horizons du chant classique.

Dans ce premier film solaire, malgré les fractures et les ombres, le réalisateur Yohan Manca parvient à déjouer à de nombreuses reprises les clichés que l’on voit poindre ici ou là, pour mieux surprendre le public et relancer son récit. Il y cerne avec beaucoup de douceur et d’intensité le parcours de cet enfant de 14 ans, d’apparence fragile, souvent confronté à des enjeux qui l’écrasent ou le dépassent. Un adolescent vif et débrouillard qui trouve dans sa curiosité pour la musique la force de continuer à espérer et à avancer.

Librement inspiré de la pièce de théâtre Pourquoi mes frères et moi on est parti de Hedi Tillette de Clermont-Tonnerre, le film aborde la difficulté de vivre, l'absence de perspective et le désir de tout quitter pour se réinventer ailleurs. Une aspiration qui taraude une bonne partie de la jeunesse ayant grandi en bord de Méditerranée.

L’histoire, inspirée du parcours personnel et de la vie de certains proches de Yohan Manca, pourra sembler simpliste à certains, mais la justesse et la générosité de ses interprètes - portés par la musique originale de Bachar Mar-Khalifé et la très belle photographie de Marco Graziaplena - lui confèrent une énergie et une voix que l’on a envie d’entendre résonner bien au-delà du générique de fin.

Le film a fait partie de la sélection Un Certain regard au dernier Festival de Cannes.

Mes frères et moi Récit familial De Yohan Manca Scénario Yohan Manca Musique Bachar Mar-Khalifé Avec Maël Rouin Berrandou, Judith Chemla, Dali Benssalah, Sofian Khammes, Moncef Farfar Durée 1h48.

"Mes frères et moi ": le réalisateur parvient à déjouer les clichés que l’on voit poindre ici ou là, pour mieux surprendre le public
©D.R.