"Adieu Monsieur Haffmann": tout sonne un peu faux dans ce drame historique

Daniel Auteuil, Gilles Lellouche et Sara Giraudeau. Un trio sous Occupation, dans un drame historique sans âme.

Paris, mai 1941. À partir du 2 juin, les juifs sont appelés par les autorités françaises à se faire recenser. Bijoutier juif à succès, Joseph Haffmann (Daniel Auteuil) décide d’envoyer sa femme (Anne Coesens) et leurs trois enfants en sécurité en Zone libre. Il les rejoindra dès qu’il aura sécurisé l’avenir de sa bijouterie. Il a décidé de céder celle-ci, avec l’appartement qui va avec, à son employé, François Mercier (Gilles Lellouche). À la fin de la guerre, M. Haffmann récupérera sa bijouterie et aidera François à ouvrir la sienne. Surpris, Mercier accepte et emménage avec son épouse Blanche (Sara Giraudeau), une blanchisseuse. Mais le soir même, Haffmann débarque ; il n’a pas pu prendre son train. Face aux contrôles permanents et aux rafles incessantes, le couple n’a d’autre choix que de le cacher à la cave. Mercier pose une condition inattendue : que son ex-patron fasse à sa femme l’enfant qu’il est incapable de lui donner…

Une adaptation poussiéreuse

Auréolée de quatre Molière en 2018, la pièce de Jean-Philippe Daguerre Au revoir Monsieur Haffmann se voit transposée de façon fort classique au grand écran par Fred Cavayé. Connu pour Radin ! avec Danny Boon en 2016 et Le Jeu avec Bérénice Béjo Stéphane De Groodt en 2018, le cinéaste français signe une évocation très sage de l'Occupation, qui a bien du mal à dépasser les clichés sur la période, avec les méchants nazis, leurs maîtresses parisiennes sans scrupule, les profiteurs de guerre… Surtout, il ne parvient pas s'extirper du huis clos théâtral initial. La confrontation entre Daniel Auteuil, Gilles Lellouche et Sara Giraudeau devrait être électrique, mais tout sonne un peu faux, car trop explicatif, trop évident, laissant peu de place à l'intelligence du spectateur.

Dommage car, malgré la situation initiale franchement invraisemblable, le récit est intéressant. Au revoir Monsieur Haffmann met en effet en scène la généalogie d'un salaud ordinaire. Comment, petit à petit, quasi malgré lui, un homme verse dans la facilité, dans les petites compromissions avec l'occupant, pour finalement renoncer à sa dignité. Dans ce rôle, Gilles Lellouche (qui avait déjà tourné avec Cavayé dans À bout portant et Mea culpa ) ne se montre pas très à l'aise. Affublé d'un pied bot, la mine perpétuellement de chien battu, il paraît trop peu complexe, trop attendu, pour incarner ce cheminement vers le mal d'un homme banal…

Adieu Monsieur Haffmann Drame théâtral De Fred Cavayé Scénario Fred Cavayé & Sarah Kaminsky Avec Daniel Auteuil, Gilles Lellouche, Sara Giraudeau… Durée 1h55.

"Adieu Monsieur Haffmann": tout sonne un peu faux dans ce drame historique
©D.R.