Le Ramdam Festival défie le Covid

Longtemps menacée par la crise sanitaire, la 12e édition du Festival du film qui dérange s’ouvre ce 15 janvier à Tournai. Au programme, une belle sélection d'avant-premières belges, françaises, mais aussi internationales. Et, en invitée d'honneur, Coline Serreau, qui, 25 ans après sa sortie, viendra présenter son film écolo culte La Belle verte.

Le Ramdam Festival défie le Covid
©Ramdam

Jusqu’au dernier moment, les organisateurs du Ramdam Festival ont bien cru que, comme en 2021, la 12e édition du Festival du film qui dérange serait annulée. Mais la décision du Conseil d’État de faire rouvrir les salles de cinéma et de spectacle est venue leur rendre du baume au coeur. Du 15 au 25 janvier prochains, les aficionados de rendez-vous tournaisien ont donc rendez-vous à l’Imagix de Tournai pour 10 jours de cinéphilie intense, avec 86 longs métrages et 32 courts venus pour aiguiser le regard des spectateurs sur le monde.

En ouverture des festivités, le 15 janvier, Mélanie Thierry viendra présenter La Vraie famille. Déjà projeté au Fiff à Namur, le deuxième film de Fabien Gorgeart aborde la question du placement d'un enfant en famille d'accueil (photo ci-dessus).

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Une belle sélection belge

Dévoilé il y a presqu'un an et demi en ouverture du Festival de Gand, L'Ennemi de Stefan Streker sera montré au Ramdam, à la veille de sa sortie en salles le 26 janvier prochain. Jérémie Renier y incarne un double fictionnel de Bernard Wesphael, accusé du meurtre, à Ostende, de sa compagne. Le cinéaste et l'acteur seront accompagnés à Tournai de la comédienne Alma Jodorowsky (la petite-fille du grand cinéaste mexicain Alejandro Jodorowsky) pour présenter ce thriller psychologique qui explore la notion d'intime conviction.

Autre fait divers porté à l'écran, celui de l'assassinat homophobe d'Ihsane Jarfi à Liège en 2012, que Nabil Ben Yadir (découvert avec la comédie black-blanc-belge Les Barons) retrace de façon radicale dans Animals. Un film très dur, mais nécessaire.

Fabrice Du Welz dévoilera, lui,Inexorable de Fabrice Du Welz, un thriller intense dans lequel un épatant Benoît Poelvoorde interprète un auteur en mal d'inspiration.

Jan Bucquoy et toute son équipe (notamment l'humoriste Alex Vizorek) viendront quant à eux présenter La Dernière tentation des Belges, film-testament de l'iconoclaste cinéaste flamand, qui sera également présent à la projection du documentaire que lui a consacré Stefan Thibeau, Tout va bien! Le cinéma de Jan Bucquoy. Autre film-bilan, celui de Thierry Michel L'Empire du silence (en salles mercredi prochain), qui fait le point sur son épopée congolaise (photo ci-dessous).

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Affaires et politique

À voir avant sa sortie en salles le 26/1, Les Promesses de Thomas Kruitof (photo ci-dessous) met en scène une formidable Isabelle Huppert dans le rôle de la maire d'une grande ville de banlieue parisienne, dans un film qui dissèque la politique française de façon très informée, mais sans tomber dans le tous pourris, en insistant au contraire sur ce que peut encore le politique.

Dans Ils sont vivants de Jérémie Elkaïm, Marina Foïs campe Béatrice Huret, condamnée en 2017 pour avoir aidé des migrants de la Jungle de Calais, dont un jeune Iranien dont la jeune veuve était tombée amoureuse. Tandis que Frédéric Tellier signe avec Goliath un film-enquête sur les pesticides et les OGM, emmené par Emmanuelle Bercot, Gilles Lellouche, Pierre Niney et le Belge Yannick Renier (qui sera présent à Tournai).

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Le combat des femmes

Tournai proposera également l'avant-première de L'Événement d'Audrey Diwan (photo ci-dessous). Lion d'or à Venise, cette magnifique adaptation du livre publié par Annie Ernaux en 2000 retrace le combat d'une jeune étudiante (fabuleuse Anamaria Vartolomei) pour avorter dans la France des années 1960.

Le combat pour l'avortement sera évidemment également au coeur du film de clôture, Simone. Elsa Zylberstein y incarne la grande Simone Veil dans un biopic signé Olivier Dahan, celui qui avait permis à Marion Cotillard de décrocher l'Oscar grâce à son rôle de La Môme Edith Piaf en 2007.

La lutte des femmes sera aussi abordée dans le très fort Debout les femmes, le nouveau documentaire du député Insoumis François Ruffin et de Gilles Perret. Après avoir donné la parole aux Gilets jaunes (dans J'veux du soleil en 2019), le duo se fit ici le porte-voix de femmes précaires se battant pour la reconnaissance des métiers du soin (auxiliaires de vie sociales, femmes de ménage, aides-soignantes…).

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Quelques avant-premières internationales

Parmi les films venus d'un peu plus loin programmés cette année au Ramdam, on est curieux de découvrir Dans les yeux de Tammy Faye de Michael Sowalter, dans lequel Jessica Chastain campe un évangéliste qui, dans les années 1970-80, lança le premier réseau de télé-évangélisme des États-Unis. Tandis que l'on pourra découvrir Les Innocents du Norvégien Eskil Vogt, le coscénariste du merveilleux Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier, récent Prix de l'UCC.

Venu d'Angleterre, Nowhere Special d'Uberto Pasolini est un drame délicat sur un père gravement malade (campé par James Norton), qui doit chercher une famille pour s'occuper de son petit bout de chou après sa mort… Tandis que dans Delo, Aleksey German Jr s'attaque, lui, frontalement à la question de la corruption en Russie.

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"La Belle verte", 25 ans plus tard

Le Ramdam jettera également un oeil dans le rétro, en proposant à son public de revoir quelques films qui ont marqué l'année, belges (Les Intranquilles de Joachim Lafosse, La Civil de Teodora Ana Mihai et Un Monde de Laura Wandel, l'un des favoris des prochains Magritte) et internationaux, avec notamment des projections du très fort Pleasure de Ninja Thyberg, sur les coulisses de la pornographie, deLa Fracture de Catherine Corsini, qui dresse un diagnostique accablant de l'état de santé de la France sous Macron, et deThere is no Evil de Mohammad Rasoulof, film très courageux sur la peine de mort en Iran qui avait décroché l'Ours d'or à la Berlinale 2020).

Sans oublier, en invité d'honneur, la présence de Coline Serreau. La cinéaste française viendra présenter, le 24 janvier à 19h, son film culte La Belle verte (photo ci-dessous) qui, 25 ans après s'être fait assassiner par la critique, résonne très différemment à l'heure où le changement climatique est bel et bien enclenché. Le lendemain à 9h, elle donnera également une leçon de cinéma.

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  • Ramdam Festival, du 15 au 25 janvier à l'Imagix de Tournai.
  • Programmation et billetterie: www.ramdamfestival.be.
  • Quatre pass disponibles: VIP (toute la programmation, 85€), Fan (20 films, 65€), Light (5 films, 35€) et Étudiant (7 films, 25€).