"Mr. Bachmann and his class": ce documentaire suscite malgré lui un constat un peu triste

Un an sur les bancs d’une école de la Hesse, pour un "Être et avoir" à l’allemande.

Prix du Jury de la Berlinale 2021, le documentaire Mr. Bachmann and his class de Maria Speth appartient à cette catégorie de film "œcuménique" qui attire la louange facile.

La réalisatrice a posé sa caméra un an durant dans la classe de Herr Bachmann. Il enseigne dans une école de Stadtallendorf, ancienne ville ouvrière de la Hesse aujourd’hui composée de familles de toutes origines. Ce documentaire fleuve (près de 3h30) suscite malgré lui un constat un peu triste. Au vu de son âge et de sa démarche heuristique, Mr Bachmann est un héritier de l’École de Francfort et de la nouvelle gauche des années 1950-1970.

Mais l’intérêt qu’il a suscité auprès de la réalisatrice et son impact sur le jury de la Berlinale démontrent qu’il appartient à une espèce en voie de disparition à l’heure où certains, un peu partout en Europe, prônent un retour à l’école de grand-papa.

Maria Speth, elle-même émule d’un Frederick Wiseman, fait fi, selon les préceptes du cinéma vérité, de tout commentaire ou entretien face caméra. Elle observe en silence, saisit les échanges, scrute les rapports au sein de la classe du professeur. "Sa" classe dans la mesure où il y insuffle une dynamique propre. Il est l’adulte, il a le savoir et l’expérience, mais ne prend jamais ses cadets de haut. Il forge leur réflexion, leur libre arbitre, leur dialectique.

Héros malgré lui

Mr Bachmann, héros malgré lui, n’est pas le seul. Ses pairs font de même, avec un impact manifeste sur ces jeunes gens. La question de l’intégration est en partie au cœur du documentaire. Celle du regard critique sur l’Histoire, des plus sensibles en Allemagne. Ces enseignants parviennent à intéresser les adolescents à une histoire qui n’est pas celle de leur communauté d’origine. À une langue qui ne leur est pas forcément natale. À une vision universelle du civisme qui n’implique pas l’amnésie culturelle.

Le tout se fait avec une bienveillance et une écoute qui en deviennent partagées - à tout le moins sur les images retenues au montage. Le respect ne s’y décrète mais s’impose sans heurt.

On peut partager ce rêve d'un enseignement aussi spontanément intelligent et humain, pragmatique aussi face à la réalité de la diversité. On a vu pareil dans Être et avoir de Nicolas Philibert (2002), qui fit vibrer Cannes il y a vingt ans. Ou, récemment, sous une forme un brin différente, dans L'École de l'impossible de Christine Pireaux et Thierry Michel (2021).

Cela n’enlève rien ni à l’intérêt de ces documentaires ni aux mérites de Mr Bachmann et ses homologues. Si de tels exemples suscitent l’enthousiasme, l’admiration et l’envie, leur réussite individuelle reflète hélas l’échec plus global d’un modèle moins ouvert.

Mr. Bachmann and his class / Herr Bachmann und seine Klasse Documentaire édifiant De Maria Speth Scénario Maria Speth Durée 3h37.

"Mr. Bachmann and his class": ce documentaire suscite malgré lui un constat un peu triste
©D.R.


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