"L'Ennemi": un film inspiré de l’affaire Wesphael avec un Jérémie Renier méconnaissable

Stephan Streker s’inspire de l’affaire Wesphael pour sonder l’impossible vérité d’un homme, campé par un Jérémie Renier méconnaissable.

La quarantaine, Louis Durieux (Jérémie Renier), chef d’un parti d’opposition, passe le week-end à Ostende, dans le bel hôtel du casino, où il retrouve sa jeune épouse Maeva (Alma Jodorowsky). Le lendemain matin, il descend, hagard, à la réception pour demander qu’on appelle la police. Sa femme est morte dans la salle de bain. Suicide ? Dispute ayant mal tourné ? Les policiers flamands ont en tout cas tôt fait de coffrer l’homme politique wallon qui, comme lui rappelle son avocate (Emmanuelle Bercot), a été assez stupide pour ne pas faire jouer son immunité parlementaire…

Impossible vérité

Toute ressemblance avec une affaire existante est totalement assumée. Quatre ans après le magnifique Noces (sur un "crime d'honneur" dans la communauté pakistanaise), Stephan Streker revient avec un nouveau drame inspiré par un fait divers. L'Ennemi décalque en effet l'affaire Bernard Wesphael (qui fut accusé du meurtre de sa femme, le 31 octobre 2013, dans une chambre d'hôtel d'Ostende), même si le cinéaste prend bien soin de prendre ses distances avec le réel. De l'affaire, Streker ne retient que les éléments de base : l'homme politique wallon arrêté en Flandre, l'histoire d'amour houleuse et l'emballement médiatique. Mais ce qui le fascine surtout dans le fait divers, c'est l'incertitude qui persiste quant à l'innocence, ou non, de l'ancien élu Écolo.

À l'image de cette nuit tragique trop arrosée, que Streker ne filme pas, L'Ennemi baigne dans une forme de brouillard, multipliant les flash-backs pour raconter la romance agitée et alcoolisée, filmant plusieurs fois la même scène différemment. Refusant de trancher sur la culpabilité de son personnage - lequel semble d'ailleurs ne pas être lui-même certain de son innocence -, le réalisateur nous place, spectateur, dans la position d'un juré d'assises. La vérité étant impossible à atteindre, ne reste que la vérité judiciaire. Ou, plus exactement, l'intime conviction des jurés et donc du spectateur…

Jérémie Renier l’ambigu

Impressionnant dans ce rôle très ambigu - après sa prestation dans un rôle également malsain d'entraîneur de ski abuseur face à Noée Abita dans Slalom de Charlene Favier -, Jérémie Renier est fascinant à observer à l'écran. Dans chacun de ses gestes, on cherche à trouver une faille, un indice. Mais jusqu'au bout, l'acteur, méconnaissable - il a perdu énormément de poids pour le film - demeure indéchiffrable.

Il reste cet Ennemi. L'ennemi public, celui qui a été jeté en prison et en pâture dans le cirque médiatique, où il a été souvent condamné avant même d'être jugé (et acquitté). Mais pas seulement. Ce qui intéresse Stephan Streker, c'est aussi l'ennemi intérieur, l'homme ravagé par des tendances autodestructrices, par sa consommation abusive d'alcool. Jusqu'à perdre tout contrôle. Jusqu'à ne plus savoir ce qu'il a fait, ce soir-là, dans cette chambre d'hôtel à Ostende…

L'Ennemi Thriller psychologique Scénario & réalisation Stephan Streker Photographie Léo Lefèvre Avec Jérémie Renier, Alma Jodorowsky, Emmanuelle Bercot, Zacharie Chasseriaud, Félix Maritaud… Durée 1h45.

"L'Ennemi": un film inspiré de l’affaire Wesphael avec un Jérémie Renier méconnaissable
©D.R.


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