"Les promesses": en nous révélant l’envers du décor, ce film nous montre le pire de la politique mais aussi le meilleur

Isabelle Huppert magistrale en maire dévouée à sa ville, dans un thriller politique très documenté.

Après deux mandats à la tête d’une grande ville de Seine-Saint-Denis, Clémence Colombet (Isabelle Huppert) a décidé de ne pas se représenter. Aux prochaines élections, elle cédera le flambeau à sa jeune première adjointe (Naidra Ayadi). Avant de tirer sa révérence, cette maire influente est bien décidée, avec son fidèle chef de cabinet Yazid (Reda Kateb), de remporter une dernière bataille : décrocher une subvention publique de 63 millions d’euros pour la rénovation de la Cité des Bernardins, où la tension règne entre l’amicale des propriétaires, la copropriété, qui exige des charges indues, et les marchands de sommeil, qui sous-louent des taudis insalubres aux migrants. Alors que les élections approchent, Clémence est contactée par l’entourage du Premier ministre, qui prépare un remaniement. On pense à elle pour un poste de ministre…

Rien n'est vrai dans Les Promesses. On ne connaît pas le nom de la ville où se déroule l'histoire, ni la couleur du parti politique de l'héroïne et du gouvernement. Pourtant, tout sonne vrai dans ce second long métrage du Français Thomas Kruithof après La Mécanique de l'ombre, déjà un thriller, avec François Cluzet en 2017. Rien d'étonnant puisque ce dernier cosigne le scénario avec Jean-Baptiste Delafon, l'un des maîtres d'œuvre de l'excellente série politique de Canal+ Baron Noir , avec Kad Merad et Niels Arestrup.

Très documenté, Les Promesses nous plonge dans les bas-fonds de la politique, où l'on découvre les jeux de pouvoir qui se nouent à chaque échelon. De la petite association de quartier quémandant une subvention au sommet de l'État, en passant par la mairie, l'administration, le parti… Avec méticulosité, Kruithof nous promène ainsi dans les coulisses du pouvoir, signant un thriller politique intense.

Une image positive de la politique

Comment plonger dans un tel panier de crabes en conservant sa dignité et en respectant la parole donnée aux électeurs ? Comment renoncer à cette drogue dure que constitue le pouvoir pour beaucoup de celles et ceux qui exercent un mandat ? C'est le dilemme auquel doit faire face l'héroïne, incarnée par une Isabelle Huppert évidemment très à l'aise dans les habits stricts de la femme de pouvoir. Face à elle, le toujours génial Reda Kateb campe, lui, un politicien ambitieux, qui tente de rester fidèle à sa banlieue d'origine. Même si… "J'ai envie de manger des courgettes bio à Paris. J'en ai marre des kebabs !", dit-il à un ancien ami d'enfance.

Mais pas de simplisme chez Kruithof. Rien n'est blanc ni noir dans Les Promesses. Tout est gris… Pas question en effet pour le cinéaste français d'alimenter les fantasmes du "tous pourris" en pleine campagne présidentielle. Au contraire. En nous révélant l'envers du décor, le cinéaste nous montre le pire de la politique - les compromissions inévitables pour grimper les échelons -, mais aussi le meilleur. Et notamment cette volonté, parfois, de continuer à se battre pour des idéaux et pour les gens que l'on représente.

Les Promesses Thriller politique De Thomas Kruithof Scénario Thomas Kruithof et Jean-Baptiste Delafon Photographie Alex Lamarque Avec Isabelle Huppert, Reda Kateb, Naidra Ayadi… Durée 1h38.

"Les promesses": en nous révélant l’envers du décor, ce film nous montre le pire de la politique mais aussi le meilleur
©D.R.


Sur le même sujet