"A Good Man": un homme enceint

Noémie Merlant en homme transsexuel portant l’enfant de son couple dans un film polémique, à découvrir en Premium VOD.

"A Good Man": un homme enceint

Aude (Soko) et Benjamin (Noémie Merlant) vivent sur l’île de Groix, dans le Morbihan. Elle est prof de danse pour des enfants, lui est médecin. Alors que le frère de Benjamin (Vincent Dedienne) leur rend visite avec sa femme et leur fils, le couple se révèle, plus que jamais, décidé à avoir un enfant. Mais, après plusieurs essais infructueux, Aude sait qu’elle ne pourra pas tomber enceinte. Benjamin décide alors de mettre entre parenthèses son processus de transition pour porter leur enfant…

De la science-fiction au drame

En 1994, dans Junior, Arnold Schwarzenegger campait, face à Danny DeVito, un homme enceint. Ivan Reitman signait alors une pure comédie de "science-fiction". Vingt-cinq ans plus tard, la question du genre s'est imposée dans la société, dépassant le cadre de la stricte théorie. En même temps que la transsexualité devenait un sujet à part entière au cinéma. En 2022, A Good Man n'est donc plus une comédie, mais un vrai drame…

Productrice et réalisatrice aimant s'attaquer à des sujets difficiles - l'enseignement de la Shoah dans Les Héritiers en 2014 ou la radicalisation islamiste dans Le Ciel attendra en 2016 -, Marie-Castille Mention-Schaar aborde cette fois la question de l'envie d'enfant, quelle que soit l'identité sexuelle. Et ce en s'inspirant d'une histoire vraie, celle de Jacob Hunt, jeune transsexuel de l'Ohio décédé en octobre 2019 à l'âge de 32 ans et auquel son demi-frère Christian Sonderegger avait consacré un documentaire, Coby, présenté à Cannes en 2017. Ce dernier cosigne d'ailleurs le scénario d'A Good Man avec la cinéaste française.


Au-delà de la polémique

Dès l'annonce de la sélection du film dans l'édition virtuelle 2020 du festival de Cannes, A Good Man a fait polémique dans la presse anglo-saxonne et dans les milieux LGBT, qui accusent Marie-Castille Mention-Schaar d'avoir confié le rôle principal de son film à son actrice fétiche Noémie Merlant - elles ont fait cinq films ensemble - et non à un acteur trans. La cinéaste s'est défendue, expliquant qu'il n'y a pas assez d'acteurs trans capables d'endosser un tel rôle.

Au-delà de la polémique, plus ou moins stérile, la question doit être posée face à ce film. On sait, depuis Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma ou Jumbo de Zoé Wittock, que Noémie Merlant est une merveilleuse actrice. Pour camper Benoît, un homme en transition, l'ancien mannequin doit cependant gommer, plus que sa féminité, quasiment sa propre personne, qui disparaît sous le maquillage physique (la fausse barbe), mais aussi numérique (notamment dans les scènes de torse nu et dans la masculinisation de sa voix). L'effet est franchement perturbant.

Malheureusement, ce sentiment de fausseté face à ce personnage transparaît aussi dans des dialogues assez didactiques - explicitant sans cesse la difficulté de la situation vécue par le héros. Même si le film ne verse heureusement jamais dans la caricature, le risque est au final de ramener ce récit très actuel, passionnant sur les questions d’identité qu’il pose, du côté de la pure fiction, du spectacle… Alors qu’on est bel et bien dans la réalité.

On sait en effet, depuis la médiatisation de la grossesse de l’Américain Thomas Beatie en 2008, qu’un homme trans a déjà réellement accouché (Beatie a même donné naissance à trois enfants)… Depuis, les cas se sont multipliés.

A Good Man Drame LGBT De Marie-Castille Mention-Schaar Scénario M.-C. Mention-Schaar et Christian Sonderegger Avec Soko, Noémie Merlant, Vincent Dedienne, Alysson Paradis… Durée 1h48.

"A Good Man": un homme enceint
©D.R.