"Great Freedom": révoltant !

L’Autrichien Sebastian Meise évoque la criminalisation de l’homosexualité après la Guerre en RFA. Révoltant !

Berlin, 1968. Hans Hoffman (Franz Rogowski) est confronté par la justice aux images prises en caméra cachée par la police dans des toilettes publiques, où on le voit avoir des relations sexuelles avec d'autres hommes. Il est condamné à 24 mois de prison pour actes de "fornication inappropriée", au titre du paragraphe 175 du Code pénal ouest-allemand.

Placé en détention, Hans retrouve le jeune Leo (Anton von Lucke), qui apparaissait en sa compagnie sur les images de la police, mais aussi une vieille connaissance, Viktor (Georg Friedrich), dont il a partagé la cellule au sortir de la guerre en 1945. C’est ce dernier qui avait recouvert d’un tatouage le numéro qui fut gravé sur le bras de Hans lorsqu’il avait été placé en camp de concentration par le régime nazi, déjà pour homosexualité…

Prix du jury Un Certain regard

Silencieux depuis Still Life en 2011 - à l'exception du documentaire Outing en 2012 -, Sebastian Meise faisait son retour au cinéma en juillet dernier au 74e Festival de Cannes, où Great Freedom a décroché le prix du jury à Un Certain regard. Avec ce second long métrage de fiction, le cinéaste autrichien aborde la question méconnue de la criminalisation de l'homosexualité en RFA au lendemain de la guerre. Un sujet délicat car, comme toujours en Allemagne, l'Histoire est indissociable de l'époque nazie…

Ce que raconte Meise dans Great Freedom, en s'inspirant d'histoires réellement vécues, c'est en effet comment certains homosexuels sont passés directement des camps de concentration du IIIe Reich aux prisons de l'Allemagne de l'Ouest. Et il faudra encore attendre 25 ans pour que soit enfin reconnue à deux hommes la possibilité de s'aimer. Ce n'est en effet qu'en 1969 qu'a été dépénalisée l'homosexualité en RFA - contre 1791 pour la Belgique, alors française.

Drame carcéral intense

C'est à cet arrière-plan historique que le cinéaste adosse l'histoire de son héros qui, multipliant les allers-retours entre la prison et l'extérieur, n'aura finalement pu lier une relation à long terme qu'avec son compagnon de cellule des débuts, un criminel endurci initialement profondément homophobe. Ce que met en scène Great Freedom sur trois périodes (1945, 1957 et 1968), sans quasiment jamais quitter les quatre murs de la prison, c'est une vraie et belle histoire d'amitié, dans un contexte pourtant très violent, face aux brimades des autres détenus, mais aussi des gardiens, qui multiplient les passages par le "trou" pour le pauvre Hans.

Dans ce rôle, on retrouve le génial Franz Rogowski, comme toujours impressionnant d'engagement et d'intériorité. Découvert dans Victoria de Sebastian Schipper et Happy End de Michael Haneke en 2015 et 2016, le jeune acteur allemand s'impose définitivement comme l'un des plus grands acteurs européens de sa génération, aussi à l'aise dans la romance poétique ( Une valse dans les allées en 2018) que chez l'exigeant Christian Petzold ( Transit en 2018 et Ondine en 2020) ou le métaphysique Terrence Malick ( Une vie cachée en 2019).

Great Freedom / Große Freiheit Drame carcéral De Sebastian Meise Scénario Sebastian Meise & Thomas Reider Photographie Crystel Fournier Avec Franz Rogowski, Georg Friedrich, Anton von Lucke… Durée 1h56.

"Great Freedom": révoltant !
©D.R.