Depardieu apparaît sous son meilleur jour en Maigret

Face à l’œil averti de Patrice Leconte, l’acteur, tout en retenue et investi, compose un touchant géant aux pieds d’argile.

Une jeune fille a été retrouvée morte en pleine rue, à Paris. La demoiselle était seulement vêtue d’une élégante robe de soirée et ne transportait aucun papier sur elle. Personne ne semble la rechercher ou ne semble pouvoir l’identifier. Ce mystère, à la fois triste et banal, perturbe Jules Maigret et réveille chez lui des souvenirs enfouis. D’autant que le commissaire croise ensuite la jeune Betty (Jade Labeste) qui ressemble étrangement à la jeune morte.

Leconte rencontre Depardieu

L'univers de Simenon avait déjà inspiré Patrice Leconte avec Monsieur Hire (1989), campé par Michel Blanc. Pour son 30e long métrage, le cinéaste s'offre la présence imposante de Depardieu, avec lequel il souhaitait tourner depuis longtemps. Et visiblement, sa patience a été bien récompensée. Gérard Depardieu campe un Maigret un rien bourru, souvent taiseux mais terriblement humain, sensible aux anonymes et aux petites gens, comme dans le roman. Son Maigret a perdu l'appétit, n'a plus le goût à rien. Il est las et souvent essoufflé, raison pour laquelle il a consulté un médecin qui lui a conseillé d'arrêter la pipe et de se reposer, ou de partir à la retraite. C'est dans cet état de questionnement profond sur lui-même que Maigret entame son enquête.

Le scénario, tissé avec beaucoup d’à-propos, mêle en filigrane les réflexions du commissaire sur la vie et sur le cheminement de son enquête. Son sens de l’observation et son humour pince-sans-rire font merveille dans ce rôle où l’acteur fait preuve d’une grande sobriété et de beaucoup de retenue. C’est à ce moment-là qu’il peut donner le meilleur de lui-même. La caméra de Leconte suit les variations et les nuances de son regard tour à tour inquiet, mélancolique, dubitatif, rêveur et, finalement, attendri. Du grand Depardieu. Les seconds rôles, choisis avec soin, servent à merveille cette histoire d’apparences et de faux-semblants, où brillent la complexité de l’actrice Aurore Clément et la faconde du comédien Hervé Pierre, dans le rôle du médecin de Maigret. Mélanie Bernier est parfaite en fausse ingénue et Jade Labeste d’une grande justesse en jeune provinciale farouchement indépendante.

Patrice Leconte repart sur les traces de l’enquêteur célèbre pour son talent à déceler le mensonge, souvent caustique lorsqu’il pénètre dans les intérieurs bourgeois. Il lui offre un écrin parfaitement dessiné et intemporel où Paris semble répondre à sa propre mélancolie.

Créé en 1929 par Georges Simenon, Jules Maigret apparaît dans 75 romans et 28 nouvelles de l'écrivain belge. Sa dernière apparition au cinéma datait de 1968. Au fil des décennies, Maigret a connu de nombreuses incarnations : Pierre Renoir, Julien Duvivier, Harry Baur, Jean Gabin, Albert Préjean, Charles Laughton, Michel Simon, Michael Gambon, Rupert Davies, Rowan Atkinson ou Gino Cervi… Bruno Crémer et Jean Richard y figurent en tête de cortège sous le chapeau feutre du célèbre commissaire à la pipe.

Maigret Enquête de sens De Patrice Leconte Scénario Jérôme Tonnerre Avec Gérard Depardieu, Mélanie Bernier, Jade Labeste... Durée 1h28.

Depardieu apparaît sous son meilleur jour en Maigret
©D.R.