"Ils sont vivants": l’amour dans la Jungle de Calais

Marina Foïs, très juste dans un drame sensible sur la question de migrants.

Aide-soignante dans un service de gériatrie à Calais, Béatrice (Marina Foïs) vient d’enterrer son mari, gendarme de 20 ans son aîné mort d’une cirrhose du foie. Elle vit désormais seule avec son fils Florian et sa mère. Dans un geste de rage, elle décide de balancer tous les vêtements de son époux, qu’elle apporte à la Jungle de Calais. Passant outre ses a priori racistes et ceux de ses amis (les collègues policiers de son mari et leurs compagnes), la veuve décide de devenir bénévole. Béatrice n’est notamment pas insensible au charme de Mokhtar (Seear Kohi), un migrant iranien plus jeune qu’elle qui attend de pouvoir passer en Angleterre…

Ancien compagnon de Valérie Donzelli, dont il a coscénarisé les premiers films (notamment La Guerre est déclarée en 2011, qui racontait leur combat contre le cancer de leur fils), Jérémie Elkaim est acteur (notamment pour Donzelli). Avec Ils sont vivants, il signe son premier long métrage comme réalisateur, inspiré de l'histoire de Béatrice Huret, qui fut reconnue coupable, le 27 juin 2017, "d'aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d'un étranger en France" par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, mais dispensée de peine. Le film est en effet l'adaptation de Calais mon amour, récit écrit par Catherine Siguret pour Béatrice Huret en 2017.

Condamner l’humanité

Comment une société en arrive-t-elle à faire condamner des hommes et des femmes, simplement parce qu’ils ont fait preuve d’humanité vis-à-vis de leur semblable ? La question est hautement politique dans une Europe de plus en plus tentée par le repli sur elle-même, avec des législations sans cesse plus dures envers les réfugiés et ceux qui leur viennent en aide. Ce n’est pas l’angle choisi par Jérémie Elkaim. À travers le destin de Béatrice Huret, c’est l’aspect humain qui l’intéresse. Et quoi de plus humain que l’attirance entre deux êtres, le désir, l’amour ?

Dans ce rôle d'une femme bouleversée par le deuil et dont l'existence va prendre un tout nouveau tour grâce à une rencontre inattendue, Marina Foïs est très convaincante, dans tous les registres : la colère, l'empathie, le désir… Elle s'intègre parfaitement au sein d'une fiction très documentée, qui reconstitue notamment les impossibles conditions de vie dans la Jungle de Calais, les difficultés administratives, la peur de se faire "dubliner" et de ne pas pouvoir passer en Angleterre. Mais aussi les tentatives désespérées pour rejoindre l'autre rive de la Manche… Ils sont vivants est un film profondément humain, qui refuse tout jugement, évite toute leçon de morale, pour se concentrer uniquement sur la vie de femmes et d'hommes pris dans la tourmente d'une crise qui les dépasse et que nos États sont incapables d'affronter.

Ils sont vivants Drame Scénario et réalisation Jérémie Elkaïm Photographie Jeanne Lapoirie Avec Marina Foïs, Seear Kohi, Lætitia Dosch… Durée 1h52.

"Ils sont vivants": l’amour dans la Jungle de Calais
©D.R.