"Drive my car": une grande adaptation d'une nouvelle de Murakami nommée à l’Oscar du meilleur film étranger

Nommée à l’Oscar du meilleur film étranger, une grande adaptation de Murakami signée Ryusuke Hamaguchi. Prix du scénario à Cannes.

Acteur et metteur en scène de théâtre, Yusuke Kafuku (Hidetoshi Nishijima) joue En attendant Godot sur scène à Tokyo, alors que son épouse (Reika Kirishima) écrit des scénarios pour des séries télé. Un jour, alors qu'il rentre chez lui à l'improviste, Yusuke trouve sa femme en pleine action dans le salon avec Koji (Masaki Okada), une vedette du petit écran. Très amoureux, l'homme s'éclipse discrètement sans rien dire. Un soir, alors qu'elle voulait lui parler de quelque chose d'important, à son retour chez eux, il la trouve morte subitement d'une hémorragie méningée…

Deux ans plus tard, le Festival de Hiroshima offre à Yusuke une résidence de deux mois pour la création d'Oncle Vania de Tchekhov. Les organisateurs mettent à la disposition du metteur en scène Misaki (Toko Miura), une jeune chauffeuse taciturne chargée de le convoyer à bord de sa Saab 900 rouge… Au théâtre, débutent les lectures de la pièce avec des comédiens japonais, mais aussi une Chinoise, un Philippin et une jeune muette jouant en langue des signes coréenne. Le metteur en scène a donné le rôle de Vanya à Koji, l'ancien amant de sa femme, tombé en disgrâce à la télé…

Vaincre l’incompréhension

Drive My Car est l'adaptation de la nouvelle homonyme d'Haruki Murakami, publiée en 2014 dans le recueil Des hommes sans femmes (traduit en français chez Belfond en 2017). D'une nouvelle de quelques dizaines de pages, Ryusuke Hamaguchi tire un film de trois heures - c'est peu par rapport aux cinq heures de Senses en 2015… C'est que le cinéaste prend le temps d'installer ses personnages, qui se dévoilent très progressivement, voire pas du tout pour certains. Mais aussi pour filmer le travail du théâtre, cette découverte progressive du texte, dont il s'agit de s'imprégner complètement, jusqu'à en avoir une compréhension intime.

Car c'est bien là le thème de Drive My Car, l'incompréhension, l'incommunicabilité. Comme le souligne la volonté du protagoniste de monter Tchekhov dans différentes langues, avec des surtitres quadrilingues. Comme si se reflétait dans son théâtre son incapacité à avoir pu parler à sa femme, à avoir jamais réellement su comprendre, malgré leur amour sincère et réciproque, qui elle était vraiment…

Mise en scène sensuelle

Très sensuelle, voire érotique par moments, la mise en scène du cinéaste japonais de 42 ans alterne entre longs dialogues magnifiquement écrits (souvent dans l’habitacle de la vieille Saab), scènes de répétitions théâtrales inspirantes et silences, le temps d’échappées plus contemplatives sur la ville ou les paysages. Le tout pour mettre en scène la rencontre entre des personnages discrets jusqu’au mystère, qui tentent de surmonter, comme ils le peuvent, leurs drames personnels.

En cela, le cinéaste rend parfaitement justice à Murakami qui, dans les nouvelles de Des hommes sans femmes, abordait le thème du deuil au masculin.

Drive My Car Drame intimiste De Ryusuke Hamaguchi Scénario Ryusuke Hamaguchi et Takamasa Oe (d'après Haruki Murakami) Musique Eiko Ishibashi Avec Hidetoshi Nishijima, Toko Miura… Durée 2h59.