"Robuste": Depardieu se livre corps (surtout) et âme

Face à Déborah Lukumuena, la star se livre à un brillant exercice d’autodérision drôle, poétique et émouvant signé Constance Meyer.

Pour son premier long métrage, Constance Meyer a choisi comme sujet Gérard Depardieu. La cinéaste française avait déjà fait tourner la star pachydermique dans ses précédents courts, dont Frank-Étienne vers la béatitude en 2012 et Rhapsody en 2015. Dans ce dernier, Depardieu campait un sexagénaire vivant seul dans un petit appartement d'une tour anonyme. Robuste explore à nouveau le thème de la solitude, cette fois celle de Georges, une star de cinéma capricieuse, incapable de se prendre en charge. Alors qu'il vient de renoncer sans préavis au tournage d'un gros film de studio américain et que tout le monde est réuni chez lui pour des essais costumes pour son prochain film, l'acteur préfère laisser tout le monde en plan. "Bon, je dois y aller. Je suis pressé. Il y a du rosbif au frigo si vous voulez…"

Mise en abîme

Dans cet exercice de mise en abîme, Depardieu est juste parfait, se riant avec un plaisir évident de son image et débitant avec aplomb des répliques qu'il aurait pu écrire : "Moi, j'aime pas faire bien mon travail. J'aime faire chier les gens !" Ou bien : "Le cinéma rend con !"

Comme dans Welcome to New York d'Abel Ferrara en 2014 (où il campait DSK) ou dans le très curieux The End de Guillaume Nicloux en 2016, Depardieu se livre corps (surtout) et âme. Depuis une dizaine d'années, l'acteur n'est jamais aussi bon que quand il joue son propre rôle - même si on l'a vu récemment avec plaisir en Maigret pour Patrice Leconte. Que lorsqu'il confie à un réalisateur son corps lourd, sa respiration sifflante, l'immense fragilité de sa carcasse massive. Le résultat est, à chaque fois, un autoportrait troublant et souvent éminemment touchant.

Depardieu donne ici la réplique à l'excellente Déborah Lukumuena. César du meilleur second rôle féminin en 2017 dans Divines ), la comédienne campe Aïssa, une championne de lutte chargée de sa protection rapprochée, façon baby-sitting. Tout aussi corpulente que lui, la jeune femme vient d'un autre monde (banlieue, pauvreté, immigration…). Pourtant, elle se reconnaît dans la solitude du vieil homme…

Une autre beauté

Dans une pièce noire, Georges collectionne, dans un aquarium éclairé à la lumière ultraviolette, des poissons des abysses. "Tu les trouves comment ?", demande-t-il à la jeune fille. "Difformes…", répond-elle. "Difformes, mais beaux quand même non ?", s'interroge-il… Une réplique qui résume parfaitement la tonalité de ce premier long métrage drôle et émouvant. Au-delà de l'autoportrait savoureux de l'acteur préférant bouffer et picoler plutôt que d'apprendre son texte ou de suivre des cours d'escrime pour son prochain film, Depardieu se livre en toute honnêteté. Dans un drame intimiste très réussi sur la solitude et la différence.

Robuste Drame intimiste Scénario et réalisation Constance Meyer (avec la collaboration de Marcia Romano) Photographie Simon Beaufils Musique Babx Montage Anita Roth Avec Gérard Depardieu, Déborah Lukumuena, Lucas Mortier… Durée 1h35.

"Robuste": Depardieu se livre corps (surtout) et âme
©D.R.