"The Batman": Robert Pattinson incarne un Bruce Wayne pas en très grande forme, voire à la limite de la dépression

Robert Pattinson reprend le rôle du vengeur masqué de Gotham City dans un très long métrage, un poil confus, signé Matt Reeves.

Pas facile de passer après Tim Burton et Christopher Nolan - soyons charitable et oublions les deux épisodes de Joel Schumacher… C'est Ben Affleck (le dernier Batman en date de la Warner) qui aurait dû s'y coller, tout en reprenant son rôle de la Justice League . C'est finalement Matt Reeves qui a été choisi pour coécrire le scénario avec Peter Craig (scénariste en 2010 de The Town d'un certain… Ben Affleck) et réaliser The Batman, chargé de relancer la mythique chauve-souris vigilante de DC Comics, imaginée par Bob Kane et Bill Finger en 1939.

Révélé par l'excellent film de monstre Cloverfield en 2008, le scénariste et réalisateur américain a ensuite assuré au niveau du box-office, en signant les deux derniers volets de la trilogie La Planète des singes en 2014 et 2017. Le voici aux commandes d'une autre franchise, plus importante encore. La Warner et DC Comics ont offert à Reeves un budget confortable (entre 100 et 185 millions de dollars) pour imaginer ce nouveau Batman, dont il a confié le costume à Robert Pattinson.

Batman contre la corruption

Cela fait maintenant presque deux ans que le richissime héritier Bruce Wayne s'est lancé dans son combat pour nettoyer du crime les rues de Gotham City. Alors que les élections approchent, le maire de la ville est sauvagement assassiné par un homme masqué se présentant comme le "Riddler" (le Sphinx des comics). Un citoyen lambda qui pose des devinettes à ses victimes pour faire éclater au grand jour l'état de décrépitude morale de Gotham et de ses dirigeants. Lesquels baignent dans la fange d'une corruption généralisée qui semble n'épargner personne. Pas même la mémoire du philanthrope Thomas Wayne, le père de Bruce…

Personnellement impliqué dans l’affaire par le Riddler, Batman fait équipe avec le commissaire Jim Gordon (Jeffrey Wright) pour tenter de démasquer le tueur. Lequel les met sur la piste du Pingouin (Colin Farrell, méconnaissable), bras droit du parrain de la mafia Carmine Falcone (John Turturro) et patron d’un night-club très couru, où Bruce croise la route de la sculpturale Selina (Zoë Kravitz), alias Catwoman…

Film Noir

En décrivant les coulisses du pouvoir d'une grande ville corrompue, Matt Reeves donne à son Batman de sacrés airs de film Noir. Pas étonnant de la part du coscénariste de The Yards de James Gray en 2001… Mais le cinéaste ne peut, par ailleurs, passer à côté du carton planétaire d'un certain Joker avec Joachim Phoenix qui, en plus de son Lion d'or à Venise en 2019, avait franchi la barre du milliard de dollars de recettes - le tournage d'un second volet devrait commencer en 2023…

Dans son Joker, drame intimiste en hommage au Nouvel Hollywood, Todd Phillips relisait l'ennemi juré de Batman sous un jour nouveau, en parfaite adéquation avec l'atmosphère de colère sociale contemporaine. Reeves - qui fait un clin d'œil au Joker au début de son film - tente de faire un peu la même chose, même si sa vision de Batman paraît fort sage. Après le très ambigu "Chevalier noir" de Nolan - qui défendait l'ordre établi et l'oligarchie -, ce nouveau Batman veut à tout prix rentrer dans le rang du super-héros sans peur et sans reproche. Comme en témoigne l'interminable séquence finale, en écho lointain aux attentats du 11 septembre. Derrière le masque noir, se cache pourtant un Bruce Wayne pas en très grande forme, voire à la limite de la dépression, sous les traits d'un Robert Pattinson au teint aussi blafard que lorsqu'il jouait les vampires dans Twilight . Reeves rapproche d'ailleurs le héros d'un certain Kurt Cobain, via l'utilisation de la chanson Something in the Way de Nirvana. Quand le Riddler ourdit ses plans machiavéliques aux notes de l'Ave Maria de Schubert…

Confusion sur le fond

Si Reeves signe une mise en scène efficace, avec quelques séquences visuellement très fortes, s'il assure le fan service (en sortant quelques personnages iconiques comme le Pingouin et Catwoman, mais aussi une Batmobile rutilante et autres Batgadgets), The Batman est un peu plombé par sa longueur. Il faut en effet presque trois heures à Bruce Wayne pour sauver Gotham.

Mais c'est sur le fond que pèche le plus le film, qui apparaît très confus, alors même qu'il joue a priori sur la corde totalement manichéenne du bien contre le mal. Suivi sur les réseaux sociaux par des hordes de supporters prêts à dénoncer avec lui la corruption qui gangrène Gotham, son Riddler rappelle étrangement le mouvement d'extrême droite Q-Anon, qui avait tenté d'influencer l'issue de la dernière élection présidentielle américaine. Mais si Q-Anon porte des accusations totalement fantaisistes (sur fond de pédophilie et d'État profond), le grand méchant de The Batman révèle, lui, la vérité. On n'est plus ici dans l'ambiguïté malsaine mais créatrice d'un Nolan ou dans la violence nihiliste radicale d'un Phillips, mais bien dans une forme de confusionnisme qui tente de se mettre au diapason d'une forme de colère sociale qui gronde un peu partout dans le monde, tout en la dénonçant…

The Batman Film de super-héros De Matt Reeves Scénario Matt Reeves et Peter Craig Photographie Greig Fraser Musique Michael Giacchino Avec Robert Pattinson, Zoë Kravitz, Jeffrey Wright, Paul Dano, Colin Farrell, John Turturro, Andy Serkis… Durée 2h55.

"The Batman": Robert Pattinson incarne un Bruce Wayne pas en très grande forme, voire à la limite de la dépression
©D.R.