"Goliath ": Pierre Niney surnage dans un thriller à thèse convenu, inspiré du scandale du glyphosate

Il y a les victimes : Lucie, Margot et Zef (Yannick Renier). Il y a l’épouse qui bataille, France (Emmanuelle Bercot). Il y a l’avocat engagé, Patrick (Gilles Lellouche). Il y a le lobbyiste sans scrupule, Mathias (Pierre Niney). Il y a le mal, un pesticide, la Tétrazine. Et il y a, surtout, le grand méchant désincarné, la société agrochimique qui produit la Tétrazine, le Goliath du titre, bien décidé à "ne rien laisser passer" dans la presse et l’opinion publique qui pourrait nuire à ses intérêts.

Réalité et fiction

Si cela vous rappelle quelque chose, ce n’est pas fortuit. Derrière cette fiction pointe la réalité, à peine déguisée. Le débat autour du glyphosate, classé comme probablement cancérogène par une agence de l’Organisation mondiale de la santé, mais dont l’utilisation a été prolongée après d’âpres débats en Europe et en France, est évidemment le modèle, tout comme Phytosanis, l’entreprise du film, est l’avatar d’une certaine multinationale dont les manœuvres et contre-feux médiatiques ont été dénoncés.

Nourri des révélations issues de l'enquête journalistique internationale des Monsanto Papers, le film hésite entre le thriller et la chronique un peu sèche du combat des David contre Goliath. Le scénario croise trois destins : essentiellement la militante, l'avocat et le lobbyiste, chacun suivant ses intérêts plus ou moins désintéressés.

Tous les ressorts du thriller politique hollywoodien sont là, jusqu’à l’informateur rencontré dans des parkings sous-terrains, les pratiques de barbouzes des hommes de main de la firme et les tirades édifiantes destinées au public.

Mélange des genres

Le mélange des genres n'est pas toujours des plus heureux en regard des enjeux. La description de la campagne de désinformation orchestrée par les lobbyistes cyniques, bien qu'un peu laborieuse à l'écran, correspond plutôt bien aux faits (tels que décryptés dans le cas du glyphosate par Le Monde , notamment). Manichéen comme il se doit, le film enfonce des portes ouvertes de longue date.

Goliath, censé se dérouler après l'émergence du Covid-19 (auquel il est fait allusion à plusieurs reprises) dépeint dans le chef de sa multinationale de fiction les méthodes qu'une frange complotiste de l'opinion publique a prêtées aux pouvoirs publics et au Big Pharma dans la conduite de la gestion de la pandémie (le passage du film sur l'impact de la Tétrazine sur les malformations à la naissance a les échos de l'argumentaire antivax).

Après avoir joué les lanceurs d'alerte dans Boîte noire, Pierre Niney reste convaincant de l'autre côté du miroir. Emmanuelle Bercot tente de donner un peu de relief à un personnage stéréotypé, là où Gilles Lellouche se contente d'effets de manche.

Constat involontaire et paradoxal de ce film à thèse très sinon trop démonstratif : chacun utilise désormais les mêmes armes pour opposer défense de ses intérêts, défense de la santé publique ou défense de l’esprit de la science.

Goliath Thriller à thèse De Frédéric Tellier Scénario Simon Moutaïrou et Frédéric Tellier Avec Gilles Lellouche, Pierre Niney, Emmanuelle Bercot, Yannick Renier,… Durée 2h02.

"Goliath ": Pierre Niney surnage dans un thriller à thèse convenu, inspiré du scandale du glyphosate
©D.R.