"À plein temps": une banlieue sur le fil et presque à bout de souffle

Laure Calamy porte à bout de bras le rôle de cette mère célibataire déterminée à s’en sortir dans ce drame tout simple mais haletant…

Gros plan sur un visage endormi dans la pénombre d’une chambre. Il est tôt, très tôt et Julie (Laure Calamy) doit se dépêcher si elle ne veut pas louper son train. Elle entame donc la course du matin, avec les deux enfants qu’elle doit déposer chez Mme Lusigny, leur nounou, juste avant de filer à la gare. Entre problème de chaudière et coup de fil de la banque, les nuages s’amoncellent mais ce n’est rien à côté du capharnaüm à venir causé par la grève nationale qui impacte les trains.

La pression des clients platinium dans le palace 5 étoiles où elle est gouvernante en chef, la grève des transports qui perdure et le retard des évaluations à remplir lui font craindre le pire. Pourtant, il y a dans sa tête, un petit coin de ciel bleu : l’entretien d’embauche qu’elle doit passer le lendemain, pour un poste qui correspond enfin à son profil. Encore faut-il qu’elle trouve quelqu’un pour la remplacer... Une course folle s’engage pour la jeune femme, bien décidée à améliorer son quotidien.

Julie se lève chaque matin comme elle partirait à la guerre. Elle ne voulait pas élever ses enfants dans des "cages à poule" en banlieue. Elle a donc choisi la campagne. Mais ce choix implique une organisation millimétrée à la merci du moindre grain de sable et beaucoup questionnent ce choix de vie : pourquoi habiter si loin, pourquoi ne pas changer de travail ?

Éric Gravel (Crash test Aglaé, Moi Van Gogh), dresse le portrait d'une maman solo qui est aussi une guerrière, une combattante débrouillarde qui connaît toutes les combines pour se sortir d'un mauvais pas : covoiturage, location de camionnette, petits hôtels parisiens...

Laure Calamy, formidable mère combattante

Laure Calamy nous a habitués aux rôles de femme solaire, drôle et fantasque dans la série Dix pour cent et plus récemment, dans Antoinette dans les Cévennes . Cette fois, elle investit toute son énergie dans ce portrait très juste et sans chichis d'une existence menée sur la corde raide. Où on voit bien qu'il suffirait de peu pour que Julie sombre dans la précarité alors que les galères s'enchaînent : trains, horaires, nounou démissionnaire, employeur suspicieux, soucis bancaires… La pression augmente chaque jour sur ses épaules alors que ses enfants rêvent seulement d'aller au Jardin d'acclimatation….

Un rôle haletant de femme ni drôle, ni loufoque, toujours sur le qui-vive qui se donne à 100 % pour ses enfants sans que cela semble toujours suffire. Un personnage que Laure Calamy tient à bout de bras et qui apparaît encerclé par les bruits de la ville hostile, capturés dans une bande-son qui amplifie encore la tension présente dans les images et le montage.

Couronné du prix Orizzonti du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise, Éric Gravel réussit un film tout simple mais édifiant, profondément humain, sur les difficultés quotidiennes et les parcours de combattants que la société ignore le plus souvent. Julie fait partie des invisibles en difficultés. Ceux qui ont fait entendre leurs voix, il n'y a pas si longtemps sur les ronds-points de France. Ce n'est pas la grande précarité mais cela pourrait le devenir… Des existences à la merci des tuiles qui s'amoncellent parfois sur un coin de leur tête et qui, chaque jour, doivent affronter le même marathon sur le bitume urbain.

À plein temps Marathon quotidien De Eric Gravel Scénario Eric Gravel Avec Laure Calamy, Anne Suarez, Geneviève Mnich Durée 1h27.

"À plein temps": une banlieue sur le fil et presque à bout de souffle
©D.R.
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